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Justine Judith Lekogo : « Le Bénin nous donne une leçon »

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Le modèle de gouvernance du Bénin continue de susciter des réactions au-delà de ses frontières. Dans une tribune publiée sur ses réseaux sociaux, l’économiste gabonaise, Justine Judith Lekogo a livré une analyse élogieuse de la trajectoire empruntée par le pays, qu’elle présente comme une illustration d’un développement porté par la rigueur, la sobriété et les résultats plutôt que par les effets d’annonce.

« Depuis plusieurs années, j’observe avec attention la transformation du Bénin. Et plus le temps passe, plus une conviction s’impose à moi : ce pays est en train de démontrer qu’en Afrique, le développement n’est pas une question de discours, mais de méthode », affirme-t-elle.Selon elle, la dynamique béninoise dépasse les seuls indicateurs économiques. « Ce qui m’impressionne le plus n’est pas seulement la croissance économique du Bénin. Ce sont les choix de gouvernance qui l’accompagnent », écrit-elle.

Justine Judith Lekogo estime que, sous la présidence de Patrice Talon puis avec Romuald Wadagni, le pays a privilégié « le travail avant le spectacle, les résultats avant le populisme et l’intérêt général avant le culte de la personnalité ».

Elle souligne notamment une gouvernance caractérisée par une communication davantage centrée sur les réalisations que sur les dirigeants. « J’observe un État qui communique moins sur les hommes et davantage sur les réalisations. Des cérémonies sobres, des inaugurations sans démesure, une administration qui semble davantage mobilisée autour des objectifs que de la mise en scène du pouvoir », relève-t-elle.

Pour l’auteure, le véritable rayonnement d’un État se mesure à la qualité de ses politiques publiques. « Pendant que certains États continuent de mesurer leur puissance à la longueur des cortèges, au faste des cérémonies ou au nombre de banderoles, le Bénin semble avoir compris que le véritable prestige d’un pays se lit dans la qualité de ses infrastructures, la solidité de son économie, la confiance des investisseurs et l’amélioration des conditions de vie de sa population », soutient-elle.

Abordant la question de l’endettement, souvent évoquée dans les débats sur les finances publiques béninoises, Justine Judith Lekogo invite à dépasser les considérations purement quantitatives. « Oui, le Bénin s’est endetté. Mais sa dette reste globalement soutenable, autour de 60 % du PIB. Plus important encore, une grande partie de ces ressources a été orientée vers des investissements productifs : routes, énergie, ports, zones industrielles, numérique et modernisation de l’administration. »

À ses yeux, le véritable enjeu réside dans l’utilisation des ressources mobilisées. « Ce n’est donc pas le niveau de la dette qui doit être la première question. La vraie question est : qu’a-t-on construit avec l’argent emprunté ? Voilà le débat que nous devrions avoir dans nos pays », insiste-t-elle.

L’auteure invite également les dirigeants africains, en particulier ceux d’Afrique centrale et des pays francophones, à tirer des enseignements de l’expérience béninoise. « Je suis convaincue que beaucoup de dirigeants africains gagneraient à regarder le Bénin avec davantage d’humilité. Non pas pour copier aveuglément son modèle, mais pour s’inspirer d’une idée simple : la meilleure communication d’un gouvernement, ce sont ses résultats. »

Dans cette perspective, elle appelle à « réduire le culte du paraître », à « réduire les dépenses de prestige » et à investir davantage « dans les écoles, les hôpitaux, les routes, l’agriculture, l’industrie, le numérique et l’emploi des jeunes ».

Pour finir, Justine Judith Lekogo estime que le Bénin adresse aujourd’hui un signal fort au continent. « Je considère aujourd’hui que le Bénin envoie un message fort à toute l’Afrique : la sobriété n’est pas un signe de faiblesse ; elle est souvent la marque d’un État qui a choisi de consacrer ses ressources à l’essentiel. Notre continent n’a pas besoin de plus de faste. Il a besoin de plus de résultats. Et c’est cette Afrique-là que j’appelle de tous mes vœux », a-t-elle conclu.

Économiste de formation, Justine Judith Lekogo est une ancienne ministre de la République gabonaise, titulaire d’un master en économie. Elle a exercé à la Banque centrale sud-africaine avant d’occuper plusieurs fonctions stratégiques au ministère gabonais de l’Économie, notamment à la Direction générale de l’économie et de la politique fiscale ainsi qu’au cabinet du ministre. Née en 1981 à Franceville, dans le Haut-Ogooué, elle est également présidente du Rotary Club Libreville Doyen et a été trésorière de la fédération du Parti démocratique gabonais (PDG) en Afrique du Sud, tout en siégeant au comité central du parti.