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Côte d’Ivoire : Alassane Ouattara mise sur le financement pour bâtir la « Grande Côte d’Ivoire »

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La bataille de la « Grande Côte d’Ivoire » ne se gagnera pas uniquement à coups de taux de croissance. Elle se jouera surtout sur la capacité d’Abidjan à mobiliser des capitaux, à sécuriser ses investissements et à transformer ses ressources financières en infrastructures, en industries et en emplois. C’est tout l’enjeu du nouveau cycle économique voulu par Alassane Ouattara, avec le Plan national de développement (PND) 2026-2030 comme principale rampe de lancement.

À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance, le président ivoirien a rappelé que la performance économique ne saurait constituer une fin en soi. Derrière les indicateurs macroéconomiques favorables, l’exécutif veut désormais accélérer la conversion de la croissance en gains tangibles pour les ménages. Autrement dit, il ne s’agit plus seulement de produire davantage de richesse, mais de disposer des moyens financiers nécessaires pour la diffuser dans les territoires et dans les secteurs qui structurent l’économie réelle.

Le PND 2026-2030 au cœur de l’équation financière

Le PND 2026-2030 constitue la pièce maîtresse de cette stratégie. Abidjan entend s’en servir pour franchir un nouveau seuil dans son développement, en privilégiant l’industrialisation, la transformation locale des matières premières et le renforcement des chaînes de valeur nationales.

Le défi est considérable : financer des infrastructures à grande échelle tout en soutenant les secteurs productifs et en répondant aux besoins sociaux d’une population en croissance. Eau potable, électricité, établissements scolaires, structures sanitaires, infrastructures économiques et création d’emplois figurent ainsi parmi les priorités auxquelles les ressources mobilisées devront donner une traduction concrète.

Pour financer cette nouvelle phase, la Côte d’Ivoire ne compte pas s’appuyer sur une seule source de capitaux. Les autorités cherchent à combiner ressources publiques, financements extérieurs, investissements privés et nouveaux mécanismes de mobilisation de l’épargne nationale. Les tables rondes du Groupe consultatif organisées en juillet dernier ont, dans cette perspective, permis d’obtenir d’importantes promesses de financement. Un signal qui conforte la crédibilité financière d’Abidjan auprès des bailleurs et des partenaires internationaux.

Le fonds souverain, nouvel outil de souveraineté financière

Mais l’équation du PND ne peut reposer indéfiniment sur les financements extérieurs. C’est précisément pour élargir sa marge de manœuvre qu’Abidjan mise également sur le Fonds souverain stratégique pour le développement, devenu pleinement opérationnel depuis avril dernier.

L’ambition est de disposer d’un instrument capable de canaliser des ressources vers les secteurs jugés déterminants pour la transformation structurelle de l’économie. L’agro-industrie, l’industrie et la transformation locale doivent notamment bénéficier de cette capacité supplémentaire de financement.

Le mécanisme répond ainsi à une préoccupation stratégique : réduire progressivement la vulnérabilité liée au recours systématique à l’endettement extérieur. En orientant davantage de capitaux vers les filières productives, le fonds souverain doit permettre à la Côte d’Ivoire de financer une partie de son développement avec des instruments davantage maîtrisés sur le long terme.

Transformer la croissance en pouvoir d’achat

Cette stratégie financière répond aussi à une urgence politique et sociale. Car si la Côte d’Ivoire affiche une dynamique économique soutenue, les performances nationales restent confrontées à une réalité plus prosaïque : celle du coût de la vie et des contraintes budgétaires qui pèsent sur les ménages.

Le gouvernement entend donc faire redescendre les effets de la croissance jusqu’aux territoires. Les investissements dans les réseaux d’eau, l’électricité, l’éducation et la santé doivent contribuer à améliorer directement les conditions de vie, tandis que l’industrialisation est appelée à créer davantage d’opportunités économiques, notamment pour les jeunes.

La « Grande Côte d’Ivoire » se dessine ainsi moins comme un simple slogan politique que comme une équation financière. Pour Alassane Ouattara, l’enjeu du prochain quinquennat sera de réunir suffisamment de capitaux pour financer les ambitions du PND 2026-2030, tout en consolidant la capacité du pays à générer et à mobiliser ses propres ressources.

À Abidjan, la question n’est donc plus seulement de savoir combien la Côte d’Ivoire peut croître. Elle est désormais de déterminer comment elle peut financer cette croissance, en préserver les équilibres et surtout en convertir les dividendes en transformation économique durable.