header image

Jolly Emefa Akpalu : « Nous pouvons construire un leadership qui nous ressemble »

0
58

Dans une interview accordée à LeadElles, Jolly Emefa Akpalu est largement revenue sur les enjeux du leadership féminin, les obstacles qui continuent de limiter l’accès des femmes aux postes de décision ainsi que les leviers nécessaires pour favoriser une participation plus importante des femmes à la gouvernance et au développement. Diplomate de formation et professionnelle engagée depuis plus d’une décennie dans les domaines du développement, de la gouvernance et de l’égalité de genre, elle défend une approche du leadership fondée sur la compétence, la confiance en soi, la légitimité et la capacité à transformer son environnement.

Son parcours professionnel l’a conduite à exercer dans plusieurs secteurs liés au développement et à la coopération internationale. Elle a notamment travaillé à l’Ambassade du Brésil au Togo comme cheffe de cabinet et assistante diplomatique de l’Ambassadeur, avec des responsabilités liées aux questions de genre. Elle a également dirigé le Sommet national du leadership féminin du Togo. Pour elle, le fil conducteur de cet engagement demeure la construction de sociétés plus inclusives, où les femmes et les jeunes peuvent prendre part aux espaces de responsabilité et de décision.

Les normes sociales, un frein persistant au leadership féminin

Pour Jolly Emefa Akpalu, les difficultés rencontrées par les femmes dans leur ascension vers les postes de responsabilité ne tiennent pas d’abord à un déficit de compétences. Elles sont plutôt liées à la persistance de normes sociales et de rapports de pouvoir qui continuent de façonner les perceptions sur la place des femmes dans les sphères de décision.

« Le principal obstacle reste la persistance de normes sociales et de rapports de pouvoir qui continuent de définir, parfois implicitement, ce qu’une femme peut être, faire ou devenir », estime-t-elle.

Selon elle, les femmes disposent aujourd’hui des qualifications, des compétences et des ambitions nécessaires pour exercer des responsabilités. Pourtant, elles doivent encore composer avec les stéréotypes, les biais et une sous-représentation dans certaines instances de décision. À cela s’ajoutent des contraintes sociales et familiales susceptibles de ralentir leur progression professionnelle.

La professionnelle insiste ainsi sur le caractère systémique du problème. La réponse ne peut donc pas reposer uniquement sur les femmes. Elle doit également passer par l’évolution des mentalités, des politiques publiques, des pratiques institutionnelles et professionnelles, ainsi que par un meilleur accès aux ressources et aux réseaux.

« L’enjeu n’est pas d’accorder aux femmes une place par faveur, mais de lever les barrières qui les empêchent encore d’occuper pleinement la place qu’elles ont les compétences et la légitimité d’occuper », souligne-t-elle.

L’égalité de genre, un levier de développement

Au-delà de la question des droits et de la justice sociale, Jolly Emefa Akpalu considère l’égalité entre les femmes et les hommes comme un véritable facteur de développement économique et social.

« L’égalité entre les femmes et les hommes est avant tout une question de justice et de droits, mais elle constitue également un véritable levier de développement économique et social », affirme-t-elle.

Pour elle, permettre aux femmes d’accéder pleinement à l’éducation, à l’emploi, à l’entrepreneuriat, aux ressources économiques et aux espaces de décision revient à mobiliser une part plus importante du capital humain disponible dans une société.

À l’inverse, lorsque des femmes sont empêchées de développer leur potentiel en raison de leur sexe, c’est toute la collectivité qui se prive de compétences, d’idées, de talents et de capacités d’innovation. La présence accrue des femmes dans les processus décisionnels peut également contribuer à améliorer la qualité des politiques publiques, en intégrant une diversité plus large d’expériences et de besoins.

« L’égalité de genre n’est pas une question réservée aux femmes. C’est une question de développement qui concerne toute la société », rappelle-t-elle.

Confiance en soi, compétences et intelligence stratégique

Sur les qualités nécessaires pour renforcer le leadership féminin, Jolly Emefa Akpalu place d’abord la confiance en soi au cœur de la démarche. Elle invite les femmes à prendre conscience de leur valeur et de leur légitimité à occuper des postes à responsabilité.

« Il est important, avant tout, que les femmes développent une solide confiance en elles et en leurs compétences, et qu’elles aient pleinement conscience de leur valeur et de leur légitimité à occuper des postes à responsabilité », explique-t-elle.

Mais la confiance ne suffit pas. La maîtrise des compétences techniques et transversales demeure déterminante. Communication, négociation, prise de décision, gestion d’équipe, développement de réseaux et capacité à défendre ses idées figurent, selon elle, parmi les aptitudes à renforcer pour évoluer dans des environnements professionnels compétitifs.

Elle insiste également sur l’importance de l’intelligence stratégique. Identifier les opportunités, comprendre son environnement, construire des alliances, valoriser son expertise et savoir se positionner au moment opportun sont autant d’éléments qui permettent de transformer les compétences en influence et en impact.

« Le leadership ne repose pas uniquement sur les compétences ; il repose aussi sur la capacité à transformer ces compétences en influence et en impact », souligne-t-elle.

Le mentorat et la solidarité entre femmes

Dans cette réflexion sur le leadership féminin, Jolly Emefa Akpalu accorde également une place importante au mentorat, au partage d’expérience et à la solidarité entre femmes. Elle défend l’idée d’un leadership qui ne repose pas sur l’imitation d’un modèle préétabli, mais sur l’affirmation de ses propres compétences, valeurs et convictions.

« Nous n’avons pas à devenir quelqu’un d’autre pour être des leaders. Nous pouvons construire un leadership qui nous ressemble, fondé sur nos compétences, nos valeurs et notre vision », affirme-t-elle.

Cette conception du leadership s’accompagne, selon elle, d’une responsabilité envers les générations suivantes. Lorsqu’une femme parvient à accéder à une position de responsabilité, elle doit également contribuer à faciliter l’ascension de celles qui viendront après elle.

« Lorsqu’une femme ouvre une porte, il est important qu’elle contribue aussi à en ouvrir d’autres pour celles qui viennent après elle », insiste-t-elle.

Institutions, entreprises et société civile appelées à agir

Pour Jolly Emefa Akpalu, la promotion du leadership féminin ne peut toutefois pas reposer uniquement sur les efforts individuels des femmes. Les institutions publiques, les entreprises et la société civile ont chacune une responsabilité dans la création d’un environnement plus équitable et inclusif.

Les institutions doivent notamment mettre en place et appliquer des politiques favorisant l’égalité, la participation des femmes et leur accès aux postes de décision. Elle appelle également à davantage de transparence et d’équité dans les mécanismes de recrutement, de promotion et de nomination.

Dans les entreprises et les organisations, elle plaide pour des environnements professionnels sûrs, inclusifs et exempts de discrimination, de harcèlement et de violences basées sur le genre. Le mentorat, l’accompagnement des carrières et un meilleur équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle font également partie des leviers qu’elle juge essentiels.

La société civile, pour sa part, doit continuer à jouer son rôle de sensibilisation, de plaidoyer, de formation et d’accompagnement.

Mais cette transformation doit aussi associer les hommes. « L’égalité de genre n’est pas une affaire de femmes contre les hommes : c’est une responsabilité collective », soutient Jolly Emefa Akpalu.

« Osez prendre votre place »

Aux jeunes femmes qui souhaitent entreprendre, diriger ou accéder à des postes de responsabilité, Jolly Emefa Akpalu adresse finalement un message qui résume sa vision du leadership féminin : développer une vision claire, renforcer ses compétences, acquérir de l’expérience, construire des réseaux et surtout croire en son potentiel.

« Croyez en votre potentiel et ne laissez ni les préjugés ni les barrières limiter vos aspirations », conseille-t-elle.

Son appel est sans ambiguïté : « Osez prendre votre place, assumer vos responsabilités et porter votre voix. » Elle invite également chaque femme qui franchit une étape à penser à celles qui suivront, afin que les avancées individuelles puissent progressivement contribuer à une transformation collective.

À travers cette lecture du leadership féminin, Jolly Emefa Akpalu défend ainsi une vision qui associe empowerment, compétence, responsabilité collective et transformation des structures. Pour elle, l’objectif n’est pas simplement de voir davantage de femmes occuper des postes de responsabilité, mais de créer les conditions permettant à leurs compétences et à leur potentiel de s’exprimer pleinement, au-delà des barrières liées au genre ou à d’autres contraintes structurelles.