
Après deux années derrière les barreaux, Steve Amoussou a retrouvé la liberté. Le cyberactiviste béninois, présenté comme étant derrière le pseudonyme « Frère Hounvi », a été libéré alors que son incarcération avait suscité de vives réactions et relancé les débats sur la liberté d’expression et le traitement réservé aux voix critiques au Bénin.
« Il est effectivement sorti de prison. Je peux vous le confirmer », a indiqué à l’AFP son avocat, Me Boubacar Baparapé. Un proche du cyberactiviste a également confirmé sa libération.

Cette sortie de prison intervient dans un climat politique particulièrement tendu au Bénin, marqué ces dernières années par plusieurs condamnations visant des opposants et des personnalités réputées proches de l’ancien pouvoir. Julien Kandé Kansou, membre d’un important parti d’opposition, condamné à deux ans de prison en avril, a lui aussi recouvré la liberté au début du mois d’août après avoir bénéficié d’une grâce présidentielle.
Le cas de Steve Amoussou s’inscrit ainsi dans une séquence politique où les poursuites judiciaires contre des figures contestataires alimentent régulièrement les interrogations sur l’espace accordé à la dissidence. Plusieurs personnalités politiques, parmi lesquelles Olivier Boko, Oswald Homéky, Reckya Madougou et Joël Aïvo, ont notamment été condamnées à de lourdes peines, certaines atteignant ou dépassant dix ans d’emprisonnement.
Une condamnation liée à des publications critiques
Steve Amoussou avait été condamné en juin 2025 pour « injure avec motivation politique » et « diffusion de fausses nouvelles ». Les accusations étaient notamment liées à son implication présumée derrière le compte « Frère Hounvi », un chroniqueur anonyme très suivi sur les réseaux sociaux.
Cette figure numérique s’était fait connaître par des publications particulièrement critiques à l’égard de l’ancien président béninois Patrice Talon et de son régime. Steve Amoussou, pour sa part, avait constamment rejeté les accusations selon lesquelles il serait l’auteur des contenus diffusés sous ce pseudonyme.
Sa condamnation à deux ans de prison avait été confirmée en appel en décembre, prolongeant ainsi son séjour en détention.
Une arrestation controversée au Togo
L’affaire avait pris une dimension régionale dès août 2024, lorsque Steve Amoussou avait été interpellé au Togo avant d’être transféré au Bénin. Des hommes cagoulés l’avaient arrêté, selon les éléments rapportés à l’époque.
Ses avocats avaient vivement contesté les circonstances de cette arrestation, dénonçant un « enlèvement » et affirmant que leur client avait été conduit de force vers le Bénin. Cette version avait placé l’affaire au centre des discussions sur les conditions de l’interpellation et le respect des garanties judiciaires dans un dossier à forte dimension politique.
Le procès de Steve Amoussou s’était ensuite ouvert en octobre 2024 devant la Cour de répression des infractions économiques et du terrorisme (CRIET), juridiction particulièrement sensible dans les dossiers impliquant des personnalités politiques ou des faits à caractère économique et sécuritaire.
Sa libération marque désormais une nouvelle étape dans cette affaire, sans pour autant effacer les controverses qui ont entouré son arrestation, son procès et sa condamnation. Elle intervient surtout dans un Bénin où la question de la liberté d’expression et du pluralisme politique demeure au cœur des débats.














