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Togo : l’UJIT veut des journalistes mieux armés contre les fake news

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À l’heure où une image truquée peut devenir virale en quelques minutes et où l’intelligence artificielle permet de fabriquer des contenus de plus en plus crédibles, la vérification de l’information s’impose comme une exigence majeure pour les professionnels des médias. À Lomé, vingt journalistes ont été formés, jeudi 27 août 2026, aux techniques de fact-checking et aux outils numériques permettant de mieux lutter contre la désinformation.

Organisée par l’Union des journalistes indépendants du Togo (UJIT), la session avait pour thème « Le journalisme face à la désinformation : enjeux démocratiques et éthiques ». Elle s’inscrit dans un contexte marqué par l’explosion des contenus numériques, la circulation rapide des fausses informations et l’apparition de nouvelles formes de manipulation rendues possibles par l’intelligence artificielle.

Eli Goka-Adokanu, Secrétaire général de l’UJIT

Pour l’UJIT, cette formation répond également à une nécessité professionnelle. Une information publiée sans vérification suffisante peut non seulement induire le public en erreur, mais aussi exposer le journaliste à des conséquences juridiques et déontologiques. Le renforcement des compétences apparaît ainsi comme un moyen de consolider la qualité du travail journalistique et la confiance du public envers les médias.

Le secrétaire général de l’UJIT, Eli Goka-Adokanu, a insisté sur la responsabilité qui incombe aux journalistes dans le traitement de l’information. Il estime que certaines erreurs pourraient être évitées grâce à une meilleure maîtrise des méthodes de vérification et à une vigilance accrue avant toute publication.

« Il arrive parfois que nous péchions dans notre manière de traiter l’information. Des journalistes peuvent se retrouver sous le coup de la loi simplement parce qu’une information a été mal vérifiée avant d’être publiée », a-t-il expliqué.

La difficulté est d’autant plus grande que les techniques de manipulation évoluent rapidement. Les contenus falsifiés ne se limitent plus aux simples montages visibles à l’œil nu. Images générées par IA, vidéos modifiées, faux documents, enregistrements audio détournés et deepfakes peuvent désormais présenter une apparence suffisamment réaliste pour tromper un utilisateur peu vigilant.

Dans ce contexte, l’UJIT entend faire de la formation continue un levier pour aider les professionnels des médias à mieux s’adapter aux mutations du paysage informationnel. Pour Eli Goka-Adokanu, les journalistes doivent donc constamment actualiser leurs connaissances et développer de nouveaux réflexes professionnels.

« Nous avons l’obligation de nous informer et de renforcer nos connaissances », a-t-il rappelé, soulignant que cette initiative bénéficie de l’appui de l’Association pour le développement et la sécurité active, basée au Niger, avec le soutien de l’Ambassade de France.

L’intelligence artificielle change les règles du jeu

La montée en puissance de l’intelligence artificielle générative bouleverse en effet les habitudes de consommation et de production de l’information. Une photographie, une vidéo ou même un enregistrement audio ne peuvent plus être considérés comme des preuves suffisantes de leur authenticité. Pour les journalistes, cette nouvelle réalité impose un changement de méthode.

Emmanuel Vitus Agbenowossi, le formateur

Le formateur, Emmanuel Vitus Agbenowossi, a expliqué que l’IA a considérablement accru la capacité de production de contenus synthétiques susceptibles de circuler rapidement sur les réseaux sociaux. Le journaliste doit désormais développer une véritable culture de la vérification numérique avant de relayer un contenu.

« Depuis l’avènement de l’intelligence artificielle générative, la consommation de l’information a pris de nouvelles proportions », a-t-il relevé, avant de rappeler qu’un professionnel des médias ne peut plus se fier uniquement à une image, une vidéo, un document ou un fichier audio pour établir leur authenticité.

Cette évolution représente un défi particulier lorsque les contenus manipulés touchent à des sujets sensibles. Une fausse vidéo liée à une crise politique, à une opération de sécurité ou à un événement communautaire peut rapidement alimenter la peur, provoquer des tensions ou favoriser la diffusion de discours de haine. La responsabilité du journaliste devient alors déterminante pour empêcher qu’une fausse information ne gagne en crédibilité par la seule force de sa diffusion.

La formation a ainsi mis l’accent sur des réflexes pratiques : identifier l’origine d’un contenu, examiner la crédibilité d’une source, rechercher les éléments permettant de confirmer ou d’infirmer une information et procéder à des recoupements avant publication. Le fact-checking ne consiste donc pas seulement à démentir une fausse information, mais également à installer une méthode de travail rigoureuse en amont.

Emmanuel Vitus Agbenowossi a rappelé que cette démarche doit conduire le journaliste à dépasser les apparences et à interroger systématiquement les éléments qui lui sont transmis.

« Le fact-checking consiste à mettre à la disposition des journalistes des outils et des méthodes leur permettant de vérifier et d’authentifier un document, une vidéo ou encore une déclaration », a-t-il expliqué.

Vérifier avant de publier

Au-delà de l’apprentissage des outils numériques, les participants ont été sensibilisés à la nécessité de replacer la vérification au cœur du processus journalistique. Collecter une information, identifier sa source, rechercher des éléments indépendants permettant de la confirmer, puis seulement envisager sa publication constituent désormais des étapes essentielles face à la prolifération des contenus trompeurs.

La session a notamment porté sur l’identification des contenus manipulés ou fabriqués, la vérification de l’origine des informations disponibles en ligne, l’analyse des images et vidéos ainsi que la détection des deepfakes. Les journalistes ont également été appelés à mieux prendre en compte les principes éthiques et déontologiques dans leur pratique quotidienne.

Pour le formateur, le principal danger réside dans la tentation de considérer comme vraie une information simplement parce qu’elle paraît convaincante. Or, l’apparence de crédibilité ne constitue plus une garantie suffisante dans un environnement numérique où les techniques de falsification deviennent toujours plus sophistiquées.

« Le journaliste doit éviter de se fier uniquement à ce qu’il voit ou à ce qui lui est présenté. Il doit aller au-delà des apparences, poser des questions, recouper les informations et effectuer les vérifications nécessaires », a insisté Emmanuel Vitus Agbenowossi.

Une première phase appelée à se poursuivre

Cette rencontre constitue la première étape d’un programme destiné aux journalistes togolais dans le cadre du projet « Médias, fact-checking et lutte contre la désinformation ». L’initiative est soutenue par l’ABCA, INADES-Formation et FIDEMO.

Pour l’UJIT, cette première session doit surtout servir de base à une démarche plus large. L’objectif n’est pas uniquement de transmettre des connaissances théoriques, mais de permettre aux journalistes de développer des automatismes de vérification directement applicables dans leur travail quotidien.

Eli Goka-Adokanu a ainsi présenté cette session comme une phase pilote et expérimentale qui devrait être suivie d’une nouvelle étape consacrée notamment à la production de contenus de sensibilisation destinés à mieux informer le public sur les dangers de la désinformation.

« Il s’agit, pour l’instant, d’une phase pilote et expérimentale destinée aux journalistes. Aujourd’hui, nous lançons la première phase de cette formation », a précisé le secrétaire général de l’UJIT.

Vue partielle de la salle

À terme, cette démarche vise donc à renforcer la capacité des médias togolais à résister aux manipulations informationnelles et à préserver leur rôle dans le débat public. Dans un espace numérique où la vitesse de diffusion prend souvent le pas sur la vérification, la maîtrise du fact-checking apparaît désormais comme une compétence indispensable à l’exercice d’un journalisme crédible, responsable et respectueux des principes déontologiques.