
La persistance des violences visant des ressortissants étrangers en Afrique du Sud fait désormais réagir au plus haut niveau du continent. Le Nigeria hausse le ton et appelle l’Union africaine à ne plus rester en retrait face à la multiplication des actes xénophobes et afrophobes. Le président nigérian Bola Ahmed Tinubu réclame ainsi une réponse collective et urgente de l’organisation panafricaine.
Le message d’Abuja a été porté par le vice-président Kashim Shettima lors de la 21e session extraordinaire de la Conférence de l’Union africaine, organisée à Luanda, en Angola. Au nom du chef de l’État nigérian, il a dénoncé des violences qui, selon Abuja, risquent d’entamer les principes de solidarité, d’unité et de fraternité censés guider les relations entre États africains.

Pour le président nigérian, la répétition de ces incidents ne peut plus être considérée comme une succession de faits isolés. Elle soulève une question plus profonde sur la capacité du continent à garantir la sécurité et la dignité de ses propres citoyens, indépendamment de leur pays d’origine.
« Le Nigeria tient à exprimer sa vive préoccupation face à la récurrence des attaques xénophobes et afrophobes contre les Africains et les ressortissants d’autres pays en Afrique du Sud », a déclaré Bola Tinubu dans une allocution transmise par Kashim Shettima.
Tout en reconnaissant à Pretoria le « droit souverain de faire respecter ses lois sur l’immigration », Abuja estime que l’exercice de cette prérogative ne saurait justifier des violences dirigées contre des étrangers. Pour Tinubu, la protection des personnes et le respect de leur dignité doivent demeurer au cœur du projet d’intégration africaine.
« De telles attaques compromettent la solidarité, l’unité et la coexistence pacifique en Afrique, et exigent une attention collective urgente », a-t-il insisté.
Face à cette situation, le président nigérian souhaite porter le dossier au sommet de l’agenda continental. Il a officiellement demandé que la question des violences xénophobes et afrophobes soit inscrite à l’ordre du jour de la 40e session ordinaire de la Conférence de l’Union africaine, prévue en janvier 2027.
Abuja plaide pour une prévention renforcée des crises
La question des violences contre les ressortissants étrangers n’a toutefois pas été le seul sujet de préoccupation soulevé par le Nigeria à Luanda. Abuja a également défendu une approche davantage axée sur l’anticipation des crises et la prévention des conflits en Afrique.
Le Nigeria a notamment apporté son soutien au Plan d’action de Luanda, considérant la prévention comme un levier essentiel pour éviter l’aggravation des tensions et limiter les coûts humains, politiques et économiques liés aux crises.
« Pour le Nigeria, la prévention des conflits reste plus rentable et plus durable que la gestion des crises », a affirmé Bola Tinubu.
Le chef de l’État nigérian a également mis en garde contre la multiplication d’initiatives de paix insuffisamment coordonnées et contre une dépendance excessive aux interventions extérieures. Selon Abuja, cette fragmentation pourrait progressivement affaiblir les dispositifs africains de règlement des conflits et réduire la capacité de l’Union africaine à prendre en main les enjeux sécuritaires du continent.
À travers cette position, le Nigeria réaffirme ainsi son attachement au principe d’appropriation africaine des solutions aux crises africaines. Pour Abuja, la stabilité du continent passe autant par la prévention des conflits que par la consolidation des mécanismes régionaux capables de répondre aux tensions avant qu’elles ne dégénèrent.














