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Modibo M. Mao : “L’ECO ne doit pas être un simple changement de nom du FCFA”

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Alors que la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) prévoit le lancement de sa monnaie unique, l’ECO, en 2027, le débat sur la souveraineté monétaire africaine refait surface. L’économiste malien Modibo Mao Makalou plaide pour une intégration régionale plus forte et une gouvernance monétaire réellement indépendante, au service du développement économique du continent.

Selon lui, « il existe actuellement deux zones monétaires au sein de la CEDEAO qui disparaîtront avec l’arrivée de l’ECO ». Il rappelle que « huit pays membres de l’UEMOA partagent le franc CFA », tandis que « les sept autres pays de la CEDEAO disposent de leur propre monnaie nationale ». Cette multiplicité, dit-il, « alourdit les coûts de transaction et freine les échanges formels ». L’ECO devrait donc, à terme, simplifier les échanges et favoriser une meilleure intégration économique.

Concernant la position du Mali, membre à la fois de l’UEMOA et de l’Alliance des États du Sahel (AES), l’économiste estime qu’il n’y a « aucune incompatibilité à ce stade ». « L’AES ambitionne de devenir une union économique et monétaire à terme », explique-t-il, tout en soulignant que l’UEMOA reste « une organisation d’intégration régionale solide, basée sur la libre circulation, la compétitivité et la convergence des politiques économiques ».

Sur la question d’une éventuelle monnaie nationale, Modibo Makalou reste mesuré : « La création d’une monnaie est une décision politique qui doit reposer sur des bases techniques solides », affirme-t-il. Il insiste sur la nécessité d’« une banque centrale autonome, chargée d’assurer la stabilité des prix, de réguler le crédit et de gérer les réserves de change ». Pour lui, la solidité d’une monnaie se mesure à la capacité de couvrir « au moins trois mois d’importations » avec les avoirs extérieurs nets d’un pays.

Mais au-delà des aspects techniques, l’économiste met en garde contre une simple transformation du FCFA. « L’ECO ne doit pas être un changement de nom, mais un instrument de souveraineté économique », martèle-t-il. Selon lui, cette future monnaie ouest-africaine doit être « émise par une banque centrale fédérale, avec un taux de change flexible adossé à un panier de devises internationales ».

Pour réussir cette transition, il plaide pour une meilleure mobilisation du secteur privé : « La politique monétaire seule ne peut pas assurer le développement. Les États doivent renforcer les finances publiques et créer des marchés financiers dynamiques pour financer les investissements productifs, sociaux et environnementaux. » Il appelle aussi à « réduire les taux d’intérêt et allonger la durée des prêts » afin de soutenir la croissance.

Quant à la compréhension des citoyens sur ces enjeux, Modibo Makalou reconnaît que le sujet reste complexe. Il rappelle toutefois que « la réforme de 2019 a déjà marqué une étape importante », notamment avec « la fermeture du compte d’opérations de la BCEAO auprès du Trésor français » et « la fin de la présence française dans les organes de décision ». La France demeure toutefois « garant de la convertibilité illimitée du FCFA en euro », une clause qui continue d’alimenter les débats sur la dépendance monétaire.

Pour lui, la réussite de l’ECO dépendra de la volonté politique des dirigeants africains et du respect des critères de convergence fixés par la CEDEAO. « Si les États parviennent à harmoniser leurs politiques économiques, l’ECO pourrait devenir un levier puissant pour renforcer la souveraineté du continent », conclut-il avec conviction.

La vision de Modibo Mao Makalou dépasse la seule question monétaire. Elle invite les pays ouest-africains à bâtir une véritable architecture économique commune, libérée des dépendances extérieures, et fondée sur la confiance, la rigueur et la solidarité régionale.

Cet échange riche en analyses met en lumière les enjeux majeurs de la future monnaie unique ouest-africaine. Plus qu’un simple débat technique, il s’agit d’un choix de souveraineté et d’avenir pour le continent. L’économiste Modibo Mao Makalou appelle ainsi les dirigeants africains à transformer l’ECO en un véritable levier d’indépendance économique.

Un entretien exclusif accordé au Journal du Mali.