
Le Bénin tente encore de comprendre comment une poignée de soldats a osé défier l’État. Trois jours après la tentative de coup d’État du 7 décembre, le lieutenant-colonel Pascal Tigri, chef des mutins, reste introuvable. L’attaque a été brève. Elle a surtout révélé un militaire discret, soudain propulsé au cœur d’un complot dont personne ne l’imaginait capable.

La cavale de l’officier intrigue. Pascal Tigri, quadragénaire, commandait les forces spéciales de la Garde nationale. Un corps d’élite créé en 2020 et réputé pour son entraînement dur. Ses hommes savent survivre des semaines en brousse et mènent des opérations sensibles, notamment des missions de sauvetage. Rien ne laissait pourtant penser que ce soldat réservé, poli et calme – comme le décrit un haut gradé – prendrait un jour la tête d’un putsch.
Dimanche matin, huit militaires sont apparus sur la télévision nationale. Menés par Tigri, ils annoncent la destitution du président Patrice Talon, la dissolution du gouvernement et la suspension des institutions. Ce « Comité militaire pour la refondation » affirme agir pour sauver la Nation. La séquence dure peu. Les Forces armées béninoises répliquent immédiatement. Elles reprennent le contrôle du siège de la télévision et dispersent les mutins.
« Un groupuscule de soldats a engagé une mutinerie dans le but de déstabiliser l’État », déclare le ministre de l’Intérieur, Alassane Seidou. Il assure que l’armée est restée républicaine et fidèle à son serment. Le gouvernement invite la population à vaquer normalement à ses occupations. L’opération aura été aussi spectaculaire que brève.
Dans les heures qui suivent, une douzaine de militaires sont arrêtés. Mais Tigri échappe aux forces loyalistes. Deux autres officiers, le capitaine Samary Ousmane et le capitaine-major Castro Sambeni, également présents lors de l’allocution, prennent la fuite. Ils sont activement recherchés, selon des informations relayées par la BBC.
Le profil du lieutenant-colonel interroge
Officier d’artillerie de la Garde nationale, il a dirigé le troisième Groupement inter-armes entre 2023 et janvier 2025. Son parcours reste pourtant largement méconnu. Peu présent dans l’espace public, absent des réseaux dissidents connus, il semblait éloigné des cercles stratégiques du pouvoir. Le journal nigérian Tribune souligne d’ailleurs son faible poids hiérarchique. Un détail qui rend « l’ampleur du complot surprenante ».
Pourtant, Pascal Tigri n’était pas un inconnu sur le terrain. Il a joué un rôle actif dans la lutte contre le terrorisme au nord du Bénin. Une zone sous pression depuis la première attaque du Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (JNIM) en 2019. Face à cette menace, le pays a lancé l’opération Mirador. En 2022, près de 3.000 soldats ont été déployés aux frontières. Cinquante-cinq cents recrues ont aussi été envoyées dans le nord pour renforcer les positions. Tigri était en première ligne de cet effort sécuritaire.
Les mutins ont d’ailleurs dénoncé la gestion de la crise dans cette région. Ils accusent l’État de ne pas protéger suffisamment les populations. Malgré l’appui international, les attaques se multiplient et fragilisent l’autorité centrale. C’est dans ce contexte tendu qu’a éclaté la tentative de putsch, que certains médias qualifient de « fragile » et peut-être improvisée, davantage tournée vers un coup médiatique que vers une véritable prise de pouvoir.
Pour les autorités béninoises, l’urgence est désormais d’identifier les commanditaires. Un Conseil extraordinaire des ministres, réuni le 8 décembre, a annoncé l’ouverture d’une enquête. Les mutins devront répondre de leurs actes, assure le gouvernement. Le pays tente de tourner la page, mais l’épisode laisse planer une question : comment un officier si peu connu a-t-il pu entraîner d’autres soldats dans cette aventure périlleuse ?
Le coup d’État avorté révèle un malaise profond au sein de certaines unités engagées sur les fronts sensibles du pays. Mais il souligne aussi la solidité des institutions béninoises, capables de contenir rapidement une mutinerie. Reste à savoir si l’arrestation du lieutenant-colonel Tigri apportera des réponses sur les motivations réelles d’un militaire longtemps considéré comme sans histoires.













