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FANGNON Kofi Samuel : « Quand je suis arrivé en Inde, j’ai découvert un système éducatif orienté vers la production… »

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L’Afrique francophone ne pourra prétendre à un véritable développement sans une refonte profonde de son système éducatif. C’est la conviction ferme de FANGNON Kofi Samuel, ingénieur mécanicien de formation, qui tire la sonnette d’alarme sur les limites d’un modèle hérité de la colonisation et toujours en vigueur dans de nombreux pays du continent.

Invité sur les ondes d’Océan FM, l’ingénieur dresse un diagnostic sévère. « Le système éducatif que nous avons hérité du colonisateur n’a jamais été conçu pour produire. Il avait pour objectif de former des auxiliaires de l’administration coloniale », a-t-il fait savoir.

Selon lui, cette orientation historique explique l’incapacité actuelle de nombreux diplômés à répondre aux besoins concrets de production.

FANGNON Kofi Samuel met en perspective ce modèle théorique avec l’exemple de pays comme l’Inde et la Chine. « Quand je suis arrivé en Inde, j’ai découvert un système éducatif orienté vers la production. Là-bas, les étudiants apprennent à fabriquer leurs besoins quotidiens », affirme-t-il.

Il souligne que, dans ces pays, la formation accorde « 70 % de place à la pratique et seulement 30 % à la théorie », une approche radicalement différente de celle qui prévaut encore en Afrique francophone

Pour illustrer son propos, l’ingénieur évoque la dépendance quasi totale des économies africaines aux importations. « Regardez dans nos maisons, nos cuisines, nos bureaux : tout est importé. Même le papier et l’encre de l’administration viennent de l’extérieur », déplore-t-il. Une situation qu’il juge dangereuse pour la souveraineté des États.

Sur le plan économique, FANGNON Kofi Samuel remet également en cause l’usage du produit intérieur brut (PIB) comme indicateur de développement. « Le PIB est une illusion dans des pays qui ne produisent presque rien. Nous devrions plutôt parler de produit national brut (PNB), c’est-à-dire mesurer ce que les citoyens produisent réellement », explique-t-il. Pour lui, une économie réelle repose avant tout sur la production locale et la satisfaction des besoins essentiels.

Sa solution est de mécaniser et d’industrialiser l’Afrique. « Le monde est mécanisé. Sans machines, il n’y a pas de production », insiste-t-il, appelant à la formation d’au moins 10 000 ingénieurs polytechniciens par pays. Ces cadres techniques, selon lui, constitueraient « une locomotive capable d’entraîner toute la jeunesse vers la production ».

Pour amorcer ce virage, l’ingénieur préconise de commencer par la fabrication locale de machines agricoles, de tracteurs et d’équipements de forage. « Sans la maîtrise de la technologie de fabrication des machines, aucun développement durable n’est possible », conclut-il.

Un plaidoyer lucide et percutant, qui relance le débat sur l’urgence d’une éducation africaine tournée vers la pratique, la production et la souveraineté économique.

Amouzou Kodjo, une figure de la cohésion sociale nominée au TTI