header image

Soudan du Sud : un homme mort depuis cinq ans, nommé dans un comité électoral

0
238

En Afrique, la politique réserve parfois des surprises. Et certaines défient même les lois de la nature. Au Soudan du Sud, la récente tentative de relance du processus électoral a viré à la scène cocasse, après la nomination d’un homme décédé depuis cinq ans au sein d’un comité officiel chargé d’organiser les élections.

La bourde est survenue la semaine dernière, lorsque le président Salva Kiir a procédé à une série de nominations visant à préparer la prochaine élection présidentielle. Un scrutin très attendu, mais déjà reporté à plusieurs reprises dans ce jeune pays d’Afrique de l’Est.

Parmi les personnalités désignées figurait Steward Sorobo. Problème : selon plusieurs médias locaux, l’intéressé est décédé il y a cinq ans. L’annonce a rapidement déclenché une vague de moqueries sur les réseaux sociaux, mettant le gouvernement dans l’embarras.

Face au tollé, la présidence a reconnu l’erreur. « La présidence a appris avec regret que l’un des signataires (…) est malheureusement décédé », a déclaré lundi le porte-parole du président, David Amour Majur. Il a admis qu’« il apparaît désormais évident qu’une vérification approfondie n’a pas été effectuée (…) entraînant cette regrettable erreur administrative ». Le responsable a été limogé dès le lendemain.

Si le nom de Steward Sorobo a été retiré de la liste, l’affaire ne s’est pas arrêtée là. Sa famille a dénoncé dans un communiqué « pas seulement une erreur administrative, mais aussi une grave violation culturelle et spirituelle », réclamant une « réparation » pour le « tort spirituel causé ».

Sur internet, les réactions ont fusé. « Cela signifie qu’ils font du copier-coller à partir d’anciennes listes mais ne savent pas qui est en vie et qui ne l’est plus », a ironisé un internaute sur Facebook. Un autre a proposé de maintenir le défunt en poste comme « coordinateur entre les vivants et les morts ».

Derrière l’anecdote, le malaise est profond. Le Soudan du Sud, indépendant depuis 2011, n’a encore jamais organisé d’élection. Sorti péniblement d’une guerre civile entre 2013 et 2018, le pays peine à appliquer l’accord de paix signé en 2018. Les élections prévues en 2024 ont été repoussées à décembre 2026, une échéance que beaucoup jugent encore incertaine, dans un contexte de nouvelles violences.

Au-delà du rire et des sarcasmes, cet épisode révèle les fragilités persistantes de l’État sud-soudanais. Une erreur administrative devenue symbole d’un système encore en quête de crédibilité et de stabilité.