
Au Burkina Faso, le paysage associatif vient de subir un choc d’une ampleur inédite. En décidant de dissoudre 118 associations et organisations non gouvernementales actives dans le pays, les autorités de Ouagadougou franchissent un nouveau seuil dans la recomposition autoritaire du champ civique. Cette décision, annoncée mercredi 15 avril par le ministère de l’Administration territoriale, touche majoritairement des structures engagées dans des secteurs sensibles comme la santé, l’action sociale ou encore la défense des droits humains.
Dans le lot des organisations dissoutes figurent notamment l’Association des élèves et étudiants handicapés du Burkina, l’Initiative citoyenne pour la démocratie et le développement (ICDD), l’Action des chrétiens pour l’abolition de la torture (Acat), l’Association burkinabè pour le bien-être de la jeunesse et la lutte contre le VIH/sida, le Réseau burkinabé de défense des droits syndicaux ou encore l’Association de soutien aux personnes âgées (Aspa). Autant d’acteurs de la société civile qui participaient, jusque-là, à l’animation du tissu social et à la prise en charge de populations vulnérables.
Cette mesure s’inscrit dans l’application de la loi du 17 juillet 2025 relative à la liberté d’association. Ce texte impose désormais aux organisations opérant sur le territoire burkinabè de se soumettre à un dispositif de contrôle beaucoup plus rigoureux, comprenant des obligations strictes de déclaration, de transparence administrative et d’alignement avec les orientations du régime militaire dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré.
D’ailleurs, ce n’est pas la première vague de restrictions. Peu après la promulgation de cette loi, 21 ONG avaient déjà vu leur autorisation d’exercer retirée par les autorités, tandis que dix autres avaient été suspendues pour une durée de trois mois pour des motifs qualifiés d’administratifs.
La décision intervient également dans un climat de tension croissante avec certaines organisations internationales de défense des droits humains. À la suite de la publication, le 2 avril, d’un rapport de l’ONG Human Rights Watch intitulé « Personne ne pourra s’échapper », les autorités burkinabè avaient laissé entendre qu’elles prendraient de nouvelles mesures contre ce que le porte-parole du gouvernement, Gilbert Ouédraogo, a décrit comme des « officines impérialistes déguisées en ONG ».
Pour les autorités, la loi de juillet 2025 poursuit un objectif officiel : renforcer la transparence des organisations opérant dans le pays et lutter contre les circuits de blanchiment d’argent ainsi que le financement du terrorisme. Un argument régulièrement avancé pour justifier l’encadrement accru du secteur associatif.
Cependant, pour de nombreux observateurs, cette série de dissolutions s’inscrit dans une dynamique plus large de resserrement politique engagée depuis l’arrivée au pouvoir du capitaine Ibrahim Traoré à la suite du coup d’État du 30 septembre 2022. Dans la foulée de cette prise de pouvoir, toutes les formations politiques avaient été suspendues avant d’être définitivement dissoutes le 9 février dernier. Le ministre de l’Administration territoriale, Émile Zerbo, avait alors expliqué cette décision par la nécessité de « préserver l’unité nationale » et de « renforcer la cohérence de l’action gouvernementale ».
Dans un communiqué publié après le Conseil des ministres du 29 janvier, au cours duquel la dissolution de l’ensemble des partis politiques avait été entérinée, le porte-parole du gouvernement avait déclaré que « la multiplication des partis politiques a entraîné des dérives, favorisant la division des citoyens, fragilisant le tissu social ».
Depuis plusieurs mois, les autorités de Ouagadougou assument ouvertement leur positionnement politique. Le régime militaire affirme « ne pas être une démocratie » et revendique une ligne idéologique qualifiée de « souverainiste », « anti-impérialiste » et « décoloniale ».
Cette orientation suscite toutefois de vives critiques au sein de la communauté internationale. Selon Human Rights Watch, « la situation des droits humains au Burkina Faso s’est sérieusement détériorée » en raison des mesures répressives adoptées récemment par les autorités. L’organisation affirme également que certaines opérations menées dans ce contexte ont contribué à la mort de centaines de civils, des faits qui pourraient, selon elle, être qualifiés de crimes de guerre et de crimes contre l’humanité.












