Bénin : le message fort de Boni Yayi à Romuald Wadagni après son élection

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Au lendemain de l’élection présidentielle du 12 avril 2026 au Bénin, un message inattendu est venu rompre un long silence politique. L’ancien chef de l’État Boni Yayi a adressé des félicitations au président nouvellement élu Romuald Wadagni, tout en formulant un appel solennel en faveur de la cohésion nationale, du dialogue politique et d’un climat de réconciliation.

Dans un message rendu public sur sa page Facebook, l’ancien dirigeant béninois a tenu à saluer l’accession de Romuald Wadagni à la magistrature suprême. « À la suite de la proclamation des résultats de l’élection présidentielle du 12 avril 2026 par la Cour constitutionnelle, je tiens à vous adresser mes félicitations paternelles et républicaines pour votre élection à la magistrature suprême de notre pays », a écrit Boni Yayi en ouverture de sa déclaration.

Au-delà de la simple formule protocolaire, l’ancien président a esquissé les grandes attentes qui, selon lui, accompagnent cette nouvelle mandature. Il rappelle que cette élection intervient dans un « contexte marqué par de fortes attentes », soulignant que la responsabilité du nouveau chef de l’État dépasse la seule gestion institutionnelle. « Votre élection vous confère la responsabilité majeure de rassembler toutes les forces vives de la Nation, de rétablir la confiance dans nos institutions et de garantir à chaque Béninoise et à chaque Béninois sa pleine place dans la communauté nationale », a-t-il indiqué.

Dans cette perspective, Boni Yayi a formulé un vœu clair pour l’avenir du pays. Il appelle le nouveau pouvoir à inscrire son action dans une dynamique de reconstruction démocratique et d’unité nationale. L’ancien chef de l’État espère ainsi que le mandat de Romuald Wadagni contribuera à « restaurer durablement la cohésion et l’unité nationales, à rebâtir les fondements démocratiques de notre République et à faire vivre, avec exigence, les principes d’équité, de justice et de respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales ».

Le message s’est également transformé en plaidoyer pour un apaisement du climat politique. Boni Yayi a évoqué la situation des exilés et des personnes incarcérées dans des affaires à connotation politique. Il souhaite que des initiatives concrètes soient prises afin de favoriser la réconciliation nationale. L’ancien président estime notamment que des « mesures appropriées puissent être envisagées afin de favoriser le retour de tous les fils et filles du pays, ainsi que la libération des personnes détenues dans un contexte politique, en vue de restaurer un climat de confiance propice à la réconciliation nationale ».

Dans la même veine, il insiste sur l’importance d’un dialogue politique inclusif, qu’il considère comme un socle indispensable à la stabilité nationale. Selon lui, le dialogue national doit devenir « la condition essentielle du vivre-ensemble et de la paix » et « constituer le pilier central » de l’action présidentielle. Une vision qui fait écho aux déclarations de Romuald Wadagni, pour qui les résultats du scrutin traduisent un « consensus national » et un « besoin d’unité nationale ».

Romuald Wadagni : « L’unité nationale sera notre plus grande force face aux défis »

Ce message de félicitations n’en demeure pas moins surprenant pour de nombreux observateurs de la scène politique béninoise. En effet, Boni Yayi avait pris ses distances avec le processus électoral après l’invalidation du candidat de son parti, Les Démocrates, à l’élection présidentielle. Bien qu’il n’ait jamais officiellement appelé au boycott, l’ancien président s’était retiré du débat public, son dernier message sur la question ayant été particulièrement critique à l’égard du pouvoir en place.

Ce silence contrastait fortement avec l’attitude d’une autre figure historique de la politique béninoise, Nivéphore Dieudonné Soglo, qui avait ouvertement soutenu et même battu campagne pour le candidat du régime sortant. Durant toute la période électorale, Boni Yayi est resté discret, aucune image de lui dans un bureau de vote n’ayant circulé. Plusieurs sources affirment d’ailleurs qu’il ne se serait pas rendu aux urnes.

Dans ce contexte, la prise de parole de l’ancien président prend une dimension particulière. Elle intervient alors que son propre fils, Chabi Yayi, après avoir quitté le parti Les Démocrates, a rejoint le camp de Romuald Wadagni.

Au-delà des calculs politiques, le message de Boni Yayi se veut surtout une exhortation à l’apaisement. En plaçant la cohésion nationale, le dialogue et la réconciliation au cœur de ses attentes, l’ancien chef de l’État rappelle que le défi majeur du nouveau pouvoir réside désormais dans la capacité à rassembler les Béninois autour d’un projet commun et inclusif.