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Lomé–Berlin : au Port autonome, une alliance historique se projette vers l’avenir

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À l’heure où les chaînes logistiques mondiales redessinent les équilibres économiques, le Port autonome de Lomé confirme sa stature stratégique en consolidant un partenariat forgé dans l’histoire. Mardi 12 mai 2026, la visite de la ministre adjointe allemande des Affaires étrangères, Serap Güler, sur les installations portuaires togolaises, a ravivé les contours d’une coopération centenaire entre le Togo et l’Allemagne, tout en ouvrant la voie à de nouvelles ambitions maritimes, technologiques et sécuritaires.

Accueillie sur les quais par le ministre délégué chargé de l’Économie maritime, Edem Kokou Tengue, en présence de l’ambassadeur de la République fédérale d’Allemagne au Togo, la responsable allemande a découvert une infrastructure devenue, au fil des décennies, un levier majeur de la compétitivité régionale et un symbole tangible d’une relation bilatérale profondément enracinée.

Bien plus qu’un simple point d’escale maritime, le Port autonome de Lomé s’impose aujourd’hui comme un maillon essentiel des échanges commerciaux en Afrique de l’Ouest. Grâce à un tirant d’eau de 16,60 mètres et à une exploitation continue sur toute l’année, cette infrastructure demeure le seul port naturel en eau profonde de la façade ouest-africaine capable de recevoir les plus imposants navires actuellement en circulation. Son rayonnement dépasse largement les frontières togolaises, desservant un hinterland estimé à plus de 80 millions de consommateurs, notamment au Burkina Faso, au Mali et au Niger, pour lesquels Lomé constitue une porte d’accès privilégiée vers les marchés internationaux.

Terminaux à conteneurs, hydrocarbures, minéraliers, activités halieutiques et trafic de vrac : la diversification progressive des équipements a hissé la plateforme togolaise au rang de hub logistique incontournable de la sous-région, consolidant son influence économique et sa vocation de corridor commercial régional.

Cette montée en puissance trouve ses racines dans une histoire commune entre Lomé et Berlin. Inauguré le 26 avril 1968, le port en eau profonde de Lomé fut conçu par des cabinets d’études allemands, financé aux deux tiers par la Kreditanstalt für Wiederaufbau (KfW) et construit par un consortium d’entreprises allemandes dirigé par le groupe Hochtief AG. Six décennies après ses premiers ouvrages, cette infrastructure s’est imposée comme le premier port à conteneurs d’Afrique de l’Ouest.

Soulignant la portée symbolique de cette visite diplomatique, le ministre Edem Kokou Tengue a rappelé les fondements historiques de cette relation privilégiée.

« Le Port autonome de Lomé est, au sens le plus tangible du mot, l’enfant d’une amitié germano-togolaise déjà séculaire. Recevoir aujourd’hui une haute autorité allemande sur ces quais, c’est aussi rendre hommage à la vision des bâtisseurs qui, voici près de soixante ans, ont jeté les fondations de notre souveraineté logistique », a-t-il déclaré.

Mais au-delà du devoir de mémoire, les échanges ont surtout porté sur les défis du futur. Face aux exigences d’un commerce maritime en pleine mutation, les autorités togolaises ambitionnent de faire du port un modèle d’innovation et de résilience.

« Notre ambition est simple et exigeante à la fois : faire du Port autonome de Lomé un port de classe mondiale, connecté, intelligent, résilient et résolument tourné vers la transition écologique. L’expertise allemande est, sur tous ces chantiers, un partenaire de premier rang », a précisé le ministre chargé de l’Économie maritime.

Dans cette dynamique, plusieurs axes de coopération ont été identifiés pour renforcer les synergies entre les deux pays. Formation duale, génie portuaire, cybersécurité maritime, innovation technologique, performance énergétique et modernisation des infrastructures figurent parmi les priorités évoquées. Le Togo a également plaidé pour un engagement renforcé de l’Allemagne dans la lutte contre la piraterie maritime et les trafics illicites dans le golfe de Guinée, ainsi que dans la promotion d’une gouvernance durable de l’économie bleue, conformément à l’esprit de la Charte de Lomé adoptée en octobre 2016.

Depuis plusieurs décennies, l’appui allemand, notamment à travers la KfW et la GIZ, s’est matérialisé par un accompagnement technique constant, le financement des extensions portuaires successives et la formation de nombreux cadres togolais dans les secteurs stratégiques du transport et de la logistique.

En guise de perspective, Edem Kokou Tengue a esquissé la vision d’un partenariat renouvelé, fidèle à ses racines mais résolument tourné vers l’avenir : « Il y aurait une belle continuité historique à ce que les bâtisseurs d’hier deviennent les partenaires d’une nouvelle ambition : celle d’un port allemand de cœur, africain de destin, et résolument tourné vers le XXIe siècle ».