
Dans la tourmente judiciaire et médiatique provoquée par l’arrestation de Kemi Seba en Afrique du Sud, une question s’impose avec acuité : le Niger continuera-t-il d’assumer politiquement et diplomatiquement l’un de ses conseillers les plus controversés ? Tandis que les spéculations se multiplient sur une éventuelle prise de distance de Niamey, la première réaction officielle du gouvernement nigérien adopte un ton mesuré, privilégiant la prudence aux conclusions hâtives.
Conseiller spécial du général Abdourahamane Tiani et détenteur d’un passeport diplomatique nigérien, le leader de l’ONG Urgences panafricanistes se retrouve au cœur d’un dossier aux ramifications judiciaires et diplomatiques sensibles. Dans un entretien diffusé le samedi 18 avril 2026, le ministre nigérien des Affaires étrangères, Bakary Yaou Sangaré, a apporté les premiers éclairages sur la posture adoptée par Niamey depuis l’interpellation de l’activiste.
Contrairement aux rumeurs ayant circulé sur certains réseaux sociaux évoquant un retrait de son passeport diplomatique, la diplomatie nigérienne affirme que ce document reste parfaitement valide. Selon le chef de la diplomatie, les autorités sud-africaines ont pris attache avec la représentation nigérienne afin de vérifier l’authenticité du passeport présenté lors de l’arrestation.
« La police sud-africaine est venue vers nous pour authentifier le passeport diplomatique qu’il a présenté. On a authentifié. C’est un passeport qui a été régulièrement attribué à ce monsieur », a déclaré Bakary Yaou Sangaré, mettant ainsi un terme aux spéculations sur la légitimité du document.
À ce stade, les informations transmises à Niamey font état d’un problème essentiellement administratif. Selon le ministre, l’interpellation de Kemi Seba serait liée à une situation de séjour irrégulier sur le territoire sud-africain. « Ce qu’on nous a dit, c’est un séjour illégal. Il a dépassé le temps qu’il devait passer », a-t-il expliqué.
Extradition de Kemi Seba vers le Bénin : la CRIET clarifie la situation
Le chef de la diplomatie nigérienne relativise toutefois la portée de cette situation. « Ce sont des situations qui arrivent. On ne sait pas pourquoi il a passé plus de temps en Afrique du Sud que son visa ne le permet », a-t-il ajouté.
Alors que de nombreuses informations évoquent déjà une procédure d’extradition vers le Bénin, le ministre assure n’avoir reçu aucune notification officielle en ce sens. « Séjour irrégulier, c’est ce qu’on nous a dit. La police ne nous a pas parlé d’une procédure d’extradition », a-t-il clarifié.
Bakary Yaou Sangaré insiste par ailleurs sur la nécessité de se fier uniquement aux éléments confirmés par les autorités compétentes. « Moi, je travaille avec les informations officielles. Les réseaux sociaux racontent ce qu’ils veulent. Je ne dis pas que c’est vrai ou que c’est faux. Peut-être que c’est une évolution dans le dossier, mais dans tous les cas, le lundi on saura », a-t-il affirmé.
Derrière cette affaire se profile néanmoins un contentieux judiciaire majeur avec le Bénin. Les autorités de Cotonou ont en effet émis deux mandats d’arrêt internationaux contre l’activiste. Le premier est lié à l’enquête sur la tentative de coup d’État du 7 décembre 2025, tandis que le second concerne des accusations de « blanchiment d’argent » et « d’apologie de crime contre la sûreté de l’État ».
Dans ce contexte, l’arrestation de Kemi Seba pourrait constituer une étape décisive pour la justice béninoise, qui multiplie les démarches diplomatiques afin d’obtenir son extradition. Une audience cruciale est attendue le lundi 20 avril, et pourrait déterminer l’orientation que prendra ce dossier aux implications politiques et diplomatiques sensibles.
En attendant cette échéance judiciaire, une certitude demeure : jusqu’à preuve du contraire, Kemi Seba conserve son statut de conseiller spécial auprès des autorités nigériennes et continue de bénéficier d’un passeport diplomatique dont la validité a été officiellement confirmée par Niamey.












