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Bénin : Kémi Séba visé par un mandat d’arrêt international après la tentative de coup d’État

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La riposte judiciaire béninoise s’étend au-delà des frontières. Après la tentative de coup d’État du 7 décembre, la justice a émis un mandat d’arrêt international contre l’influenceur Kémi Séba. Une décision lourde de conséquences, prise dans un contexte de forte crispation politique et sécuritaire.

Connu pour ses positions anti-occidentales, Kémi Séba est poursuivi pour « apologie de crime contre la sûreté de l’État », ainsi que pour « incitation à la haine, à la violence et à la rébellion ». Dès les premières heures de la tentative de putsch, il avait diffusé une vidéo saluant l’action des mutins. Il les qualifiait de « militaires patriotes », affirmant que le président Patrice Talon avait été arrêté.

Ces propos ont rapidement attiré l’attention des autorités béninoises. Fort d’environ 1,5 million d’abonnés sur les réseaux sociaux, Kémi Séba dispose d’une influence considérable, notamment auprès d’une jeunesse sensible aux discours souverainistes. Pour le pouvoir, ses déclarations dépassent le cadre de la liberté d’expression.

Originaire du Bénin, l’influenceur a été déchu de la nationalité française en 2024. Il affiche un soutien assumé aux régimes militaires du Sahel. La junte nigérienne lui a d’ailleurs délivré un passeport diplomatique, renforçant son statut controversé sur la scène internationale.

Ce n’est pas la première fois que son nom apparaît dans des affaires sensibles. En octobre 2024, il avait été placé en garde à vue en France, soupçonné de liens avec le groupe paramilitaire russe Wagner. Il avait finalement été relâché, l’enquête se poursuivant sans poursuites immédiates. Selon des documents internes révélés par les « Wagner Leaks », certaines de ses activités en Afrique auraient bénéficié de financements entre 2018 et 2019.

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Pour les autorités béninoises, ce mandat d’arrêt s’inscrit dans une stratégie claire : identifier et poursuivre toute personne soupçonnée d’avoir encouragé ou légitimé la tentative de coup d’État. Le gouvernement entend envoyer un message de fermeté, y compris à l’étranger.

Cette décision suscite toutefois des réactions contrastées. Les partisans de Kémi Séba dénoncent une persécution politique. Ses détracteurs, eux, estiment que ses discours représentent une menace directe pour la stabilité de l’État.

Avec ce mandat d’arrêt international, le Bénin franchit un cap dans sa réponse à la crise. L’affaire Kémi Séba illustre les nouvelles lignes de fracture entre sécurité, influence numérique et liberté d’expression, dans un pays confronté à de lourds défis politiques.