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Déballage intime et exigence financière : une journaliste sur un chemin périlleux

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Le football ivoirien n’avait sans doute pas besoin de ce feuilleton pour ouvrir l’année 2026. Mais au-delà du nom prestigieux de Yaya Touré, c’est surtout l’attitude d’Anicette Konan qui interroge et dérange. Journaliste de profession. Chantre de Dieu par vocation proclamée. Deux statuts qui, en principe, imposent retenue, rigueur et respect de la loi. Or, dans cette affaire, tout semble avoir été sacrifié sur l’autel du déballage numérique.

En choisissant de faire des réseaux sociaux le principal théâtre de son accusation, Anicette Konan a volontairement déplacé le dossier du champ judiciaire vers celui du sensationnel. Messages privés, audios, captures d’écran : une avalanche de contenus intimes exposés au grand public, comme si la validation populaire pouvait remplacer une procédure légale. Une démarche étonnante pour une journaliste censée maîtriser les principes élémentaires du droit, notamment ceux liés à la protection de la vie privée.

La question de la somme réclamée – 50 millions de FCFA – cristallise également les interrogations. Sur quelle base ce montant a-t-il été fixé ? Qui évalue le préjudice moral et physique allégué ? Depuis quand une partie plaignante se substitue-t-elle au juge pour déterminer seule l’indemnisation ? À défaut d’explications claires, cette exigence financière alimente les soupçons et fragilise la crédibilité du discours.

Plus troublant encore est le contraste entre l’image revendiquée et les actes posés. Un chantre, par définition, est attaché à des valeurs de discrétion, de pardon et de responsabilité morale. Or ici, les microphones des réseaux sociaux semblent avoir supplanté ceux de l’église. Cette frénésie médiatique donne l’impression d’une colère incontrôlée, voire d’une rupture brutale aux relents financiers, comme si la fin d’une relation supposée avantageuse avait fait « sauter les plombs ».

Cela ne signifie pas que les accusations doivent être balayées d’un revers de main. Mais dans un État de droit, la justice ne se rend ni par stories interposées ni par pression émotionnelle collective. D’autant plus que la loi ivoirienne sanctionne sévèrement la diffusion de données privées sans consentement, indépendamment de la véracité des faits.

A trop vouloir juger sur Facebook, Anicette Konan prend le risque de se retrouver elle-même au banc des accusés. Cette affaire illustre une dérive préoccupante : celle où l’émotion, l’exposition et la quête de réparation immédiate prennent le pas sur la procédure, la mesure et la responsabilité. Une dérive d’autant plus regrettable qu’elle émane d’une professionnelle de l’information, censée éclairer l’opinion, non l’enflammer.