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Guinée : le départ en congé de Mamadi Doumbouya ravive les tensions politiques

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Le premier congé officiellement annoncé d’un président en exercice en Guinée ne passe pas inaperçu. Alors que Mamadi Doumbouya a quitté Conakry pour un séjour privé en Grèce avec sa famille, ce déplacement, présenté par la présidence comme un exercice inédit de transparence, intervient dans un climat politique particulièrement sensible où le pouvoir continue de faire face à une contestation persistante.

Quelques heures après le départ du chef de l’État, le chef d’état-major général des armées, le général Ibrahima Sory Bangoura, est intervenu pour rassurer l’opinion publique. Dans un communiqué, il a réaffirmé la fidélité des forces de défense et de sécurité envers le président de la République, les institutions et le peuple guinéen. Il a assuré que le dispositif sécuritaire demeurait pleinement opérationnel afin de préserver la stabilité nationale et l’intégrité territoriale. Le haut commandement militaire a également mis en garde contre la diffusion de fausses informations ou de campagnes de désinformation susceptibles d’alimenter les spéculations sur les réseaux sociaux durant l’absence du chef de l’État.

Cette prise de parole s’inscrit dans un contexte politique particulier. Depuis le renversement d’Alpha Condé lors du coup d’État de septembre 2021, l’armée demeure un acteur majeur de la gouvernance guinéenne. Après avoir dirigé la transition politique, Mamadi Doumbouya a été élu président en décembre dernier, ouvrant une nouvelle étape de la vie institutionnelle du pays.

La présidence explique que ce séjour privé constitue le premier congé annuel officiellement annoncé par un chef d’État en exercice en Guinée. Selon elle, cette démarche traduit une volonté d’instaurer davantage de transparence dans la conduite des affaires publiques. Avant son départ de l’aéroport international Ahmed Sékou Touré, le président a été salué par le Premier ministre Amadou Oury Bah, plusieurs membres du gouvernement, de hauts responsables militaires ainsi que des représentants du corps diplomatique. Les autorités précisent que cette période de repos intervient après plusieurs années de gestion soutenue des affaires de l’État et avant la poursuite des réformes engagées.

Mais cette communication institutionnelle n’a pas désamorcé les critiques de l’opposition. Dans un communiqué, le collectif des Forces Vives de Guinée (FVG), qui rassemble des partis politiques et des organisations de la société civile, a lancé un appel aux « patriotes » afin de « mettre fin à la dictature ».

Le collectif d’opposition accuse le pouvoir de gouverner dans un climat de peur et dénonce de graves atteintes aux libertés publiques. Les FVG évoquent notamment des arrestations d’opposants, des disparitions forcées, des actes de torture, un rétrécissement de l’espace médiatique ainsi que la dissolution de plusieurs formations politiques. Elles contestent également la légitimité des élections présidentielle et législatives, qualifiées de « mascarade », estimant que les citoyens guinéens n’ont pas pu exercer librement leur droit de choisir leurs dirigeants.

Face à ces accusations, les autorités maintiennent que le fonctionnement des institutions ne connaîtra aucune perturbation durant l’absence du président. Elles assurent que l’administration poursuivra normalement ses missions et que la continuité de l’État sera pleinement garantie. Cette séquence met toutefois en lumière la persistance des fractures politiques en Guinée, où les débats autour de la gouvernance, des libertés publiques et du retour à un ordre constitutionnel pleinement démocratique demeurent au cœur de l’actualité.