Iran : qui est Mojtaba Khamenei, le nouveau Guide suprême ?

À peine quelques jours après la disparition d’Ali Khamenei, la République islamique d’Iran a rapidement désigné son nouveau Guide suprême. Le 8 mars, l’Assemblée des experts a porté son choix sur Mojtaba Khamenei, fils du défunt dirigeant. Une décision lourde de sens, qui confirme la continuité de la ligne conservatrice du régime et suscite déjà de nombreuses réactions sur la scène internationale.
À Téhéran, plusieurs centaines de partisans se sont rassemblés pour manifester leur soutien au nouveau chef religieux et politique. Dans son communiqué officiel, l’Assemblée des experts composée de 88 dignitaires religieux a exhorté la population à soutenir le nouveau dirigeant et à « préserver l’unité » du pays. Dans la foulée, les Gardiens de la Révolution, les forces armées, la police ainsi que l’appareil diplomatique ont immédiatement prêté allégeance au nouveau Guide suprême, signe d’un ralliement rapide de l’appareil d’État.
Qui est-il réellement ?
Né le 8 septembre 1969 à Machhad, dans le nord-est de l’Iran, Mojtaba Khamenei, âgé de 56 ans, demeure une personnalité entourée de mystère. Peu exposé au grand public, ce religieux chiite est pourtant considéré depuis longtemps comme l’une des figures les plus influentes des cercles du pouvoir. Plusieurs observateurs lui prêtent notamment des liens solides avec le puissant Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI). Selon Kasra Aarabi, de l’organisation américaine United Against Nuclear Iran, cité par l’agence allemande dpa, Mojtaba Khamenei « bénéficie d’un fort soutien au sein du CGRI, en particulier auprès de la jeune génération radicale. »
Dans l’ombre du pouvoir depuis les années 1990, il aurait exercé une influence considérable dans les arcanes du régime. Lors de l’élection présidentielle de 2005, il aurait notamment joué un rôle déterminant dans l’ascension de Mahmoud Ahmadinejad. Sa réélection en 2009, vivement contestée par une partie de la population, avait déclenché une vague de protestations sévèrement réprimées. Plusieurs rapports mentionnent alors le nom de Mojtaba Khamenei et son rôle présumé dans la gestion de cette répression.
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La question de sa fortune personnelle alimente également les controverses. Selon une enquête du média américain Bloomberg, ses actifs comprendraient des propriétés immobilières de grande valeur à Londres et à Dubaï, ainsi que des participations dans des compagnies maritimes, des établissements bancaires et des complexes hôteliers en Europe. Une grande partie de ces biens serait détenue à travers des réseaux d’intermédiaires et des structures financières complexes.
À l’étranger, la nomination du nouveau Guide suprême provoque des réactions contrastées. Le président américain Donald Trump a averti que le nouveau dirigeant « ne (tiendrait) pas longemps sans son aval. » « Ils perdent leur temps. Le fils de Khamenei est un poids plume », a-t-il affirmé dans le média Axios. Le ministre israélien de la Défense a pour sa part déclaré que le nouveau guide suprême serait une « cible à éliminer ». À l’inverse, le président russe Vladimir Poutine lui a assuré son « soutien indéfectibles », tandis que la Chine a estimé que cette désignation était « conforme » à la Constitution iranienne.
L’accession de Mojtaba Khamenei au sommet de l’État marque une nouvelle étape dans l’histoire politique de l’Iran. Héritier discret mais influent, il prend les rênes d’un régime confronté à des tensions internes persistantes et à une pression internationale accrue. Entre fidélité à l’héritage paternel et défis géopolitiques majeurs, son leadership sera scruté de près, tant à l’intérieur du pays que sur la scène mondiale.













