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Niger : la page du mandat Bazoum se ferme, l’incertitude persiste

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La page institutionnelle de Mohamed Bazoum s’apprête à se tourner officiellement. Mais sur le terrain politique, l’avenir de l’ancien président nigérien reste plus flou que jamais. Renversé par un coup d’État et détenu depuis près de trois ans, l’ex-chef d’État voit son mandat arriver à terme ce jeudi, sans qu’aucune perspective claire de libération ou de procès ne se dessine.

Arrivé au pouvoir après l’élection présidentielle du 2 avril 2021, Mohamed Bazoum avait été élu avec 55 % des voix à l’issue d’un scrutin démocratique. Mais son mandat a été brutalement interrompu le 26 juillet 2023 lors du coup d’État conduit par la junte militaire dirigée par le général Abdourahamane Tiani. Depuis cette date, l’ancien président est retenu dans une aile du palais présidentiel de Niamey, aux côtés de son épouse.

Malgré sa chute, Mohamed Bazoum n’a jamais accepté de démissionner. Ses avocats estiment d’ailleurs que l’échéance officielle de son mandat ne devrait pas être considérée comme valide. « Son mandat a été interrompu et n’a pas repris. Si M. Bazoum revenait au pouvoir demain, la durée de sa détention ne serait pas prise en compte dans l’exercice de ses fonctions », a déclaré à l’AFP Moussa Coulibaly, membre du collectif d’avocats chargé de sa défense.

Sur le plan juridique, la situation reste particulièrement complexe. Le chercheur en sciences politiques Valery Ntwali rappelle que la junte a suspendu la Constitution nigérienne après le putsch. Selon lui, l’ancien président a donc « perdu sa légalité puisque la Constitution sur laquelle il a été élu a été suspendue ». La nouvelle charte adoptée par les autorités militaires en mars prévoit une transition pouvant s’étendre sur cinq ans renouvelables, sans calendrier électoral.

Cette ambiguïté institutionnelle alimente les tensions diplomatiques. Le Parlement européen a récemment adopté une résolution exigeant la libération immédiate de Mohamed Bazoum. Une initiative portée notamment par l’eurodéputé français Christophe Gomart. « C’est un échec de la communauté internationale. Je ne comprends pas comment nous n’avons pas réussi à obtenir la libération de ce président démocratiquement élu », a-t-il déclaré.

Sur le terrain géopolitique, le Niger affirme désormais une ligne souverainiste. La junte a pris ses distances avec certaines puissances occidentales, notamment la France, tout en reprenant récemment des discussions sécuritaires avec les États-Unis et en se rapprochant de la Russie.

Dans ce contexte incertain, la situation personnelle de Mohamed Bazoum demeure inchangée. Selon ses avocats, il est « toujours détenu au même endroit et dans les mêmes conditions », dans un espace sans fenêtres ni portes, avec pour seule visite autorisée celle de son médecin.

Trois ans après le coup d’État qui a bouleversé l’ordre politique nigérien, l’avenir de Mohamed Bazoum reste suspendu à l’évolution du rapport de force entre la junte et la communauté internationale. La fin officielle de son mandat ne règle rien. Elle souligne au contraire l’ampleur du blocage politique qui continue de peser sur l’avenir institutionnel du Niger.