Ouganda : un opposant au régime rwandais retrouvé décapité, sa tête introuvable

Robert Kabera, ancien sergent de l’armée rwandaise devenu une voix critique du régime de Paul Kagame, a été retrouvé décapité près de Kampala (Ouganda). La police ougandaise enquête sur ce meurtre, qui ravive les inquiétudes autour de la sécurité des opposants rwandais en exil.
Le corps sans tête de Robert Kabera a été découvert dans des circonstances particulièrement macabres à Luwala, un village situé à proximité de Kampala, la capitale ougandaise. Ancien militaire rwandais réfugié en Ouganda depuis novembre 2020, cet homme d’une cinquantaine d’années s’était progressivement imposé comme un critique du pouvoir de Paul Kagame, notamment sur les questions de droits humains. Sa mort relance les interrogations sur les menaces qui pèsent sur les opposants rwandais établis à l’étranger.

La police ougandaise a ouvert une enquête pour meurtre. « Il s’agit du meurtre d’un homme adulte, âgé d’environ 50 ans, dont la tête a été tranchée et qui, jusqu’à présent, n’a pas encore été retrouvée », a déclaré lundi son porte-parole, Kituuma Rusoke, lors d’une conférence de presse. Selon lui, les proches de la victime ont formellement identifié Robert Kabera. Le crime aurait été commis dans la nuit du 16 au 17 octobre.
Son frère, Victor Agaba, a confirmé à l’AFP que l’ancien sergent avait fui le Rwanda en novembre 2020 et obtenu le statut de réfugié en Ouganda. Il affirme également que son frère avait déjà été visé par des violences. « Il n’avait aucun problème avec qui que ce soit. Il y a déjà eu des tentatives contre sa vie, notamment en octobre 2023, lorsque trois hommes l’ont attaqué à Kampala », a-t-il déclaré.
Un ancien militaire devenu critique du régime
Robert Kabera n’avait pas toujours affiché une opposition aussi marquée au pouvoir rwandais. Selon son frère, ses critiques se sont durcies après son départ de l’armée, au fil de ses prises de position contre les atteintes aux droits humains imputées aux autorités de Kigali.
Sur sa chaîne YouTube, Major Robert TV, qui comptait 144 000 abonnés, il commentait notamment la situation politique de son pays d’origine. Il avait également composé une chanson intitulée « Commander Ingabire », en référence à Victoire Ingabire, figure de l’opposition rwandaise et critique de longue date du président Paul Kagame.
Cette dernière a déjà passé plusieurs années en prison et a de nouveau été arrêtée en juin 2025. Son parcours illustre les difficultés auxquelles sont confrontées les voix dissidentes dans un pays dirigé par Paul Kagame depuis la fin du génocide des Tutsi de 1994.
Le frère de Robert Kabera accuse, pour sa part, les autorités militaires rwandaises d’avoir engagé une procédure judiciaire contre lui dans le but de le persécuter. « L’armée a monté un dossier criminel contre lui. C’était une chasse aux sorcières et il le savait avant de fuir en Ouganda », a-t-il affirmé.
Peu après son départ, l’armée rwandaise l’avait déclaré fugitif. Des procureurs militaires l’avaient par ailleurs impliqué dans une affaire de détournement de mineure, des accusations qu’il a toujours rejetées. Kigali n’a, pour l’heure, fait aucun commentaire officiel sur sa mort. Aucune preuve publique ne permet non plus, à ce stade, d’établir un lien entre ce meurtre et les autorités rwandaises.
Une série de morts qui interpelle
La disparition brutale de Robert Kabera s’inscrit dans un contexte marqué par plusieurs assassinats d’opposants rwandais ou d’anciens responsables ayant rompu avec le pouvoir. Le Rwanda a été accusé à plusieurs reprises d’orchestrer des opérations contre ses adversaires à l’étranger, des accusations que les circonstances de ces affaires ne permettent pas, à elles seules, de tenir pour établies dans le cas présent.
En 2021, Revocant Karemangingo, ancien lieutenant de l’armée rwandaise installé au Mozambique, avait été tué par balles. Il était soupçonné de soutenir clandestinement l’opposition au Rwanda.
La même année, Seif Bamporiki, responsable d’un parti d’opposition rwandais, avait été abattu en Afrique du Sud. Ce pays avait déjà été le théâtre de la mort de Patrick Karegeya, ancien chef des services de renseignement rwandais devenu un adversaire résolu de Paul Kagame. Il avait été retrouvé étranglé dans une chambre d’hôtel en 2014.
Un autre opposant en exil, l’ancien général Faustin Kayumba Nyamwasa, cofondateur du Congrès national rwandais (RNC) avec Patrick Karegeya, a quant à lui survécu à plusieurs tentatives d’assassinat.
Ces affaires alimentent les inquiétudes sur la protection des opposants rwandais au-delà des frontières nationales. Dans le cas de Robert Kabera, les enquêteurs ougandais devront notamment déterminer les circonstances exactes du meurtre, identifier ses auteurs et établir leurs éventuelles motivations.
Kigali sous le regard des défenseurs des droits humains
La mort de l’ancien militaire intervient alors que le Rwanda continue de renforcer sa visibilité sur la scène internationale, notamment par le sport. Le pays doit accueillir un Grand Prix de Formule 1 au début des années 2030, selon l’annonce faite la semaine précédant la publication de cette information par les propriétaires de la discipline.
Cette perspective a suscité une réaction d’Amnesty International. L’organisation de défense des droits humains a dénoncé ce qu’elle considère comme une opération de *sportwashing*, estimant que le Rwanda cherche à améliorer son image internationale grâce aux grandes compétitions sportives, au risque de détourner l’attention de son bilan en matière de droits humains.
Les relations entre Kigali et Kampala constituent également un élément du contexte régional. Muhoozi Kainerugaba, chef de l’armée ougandaise et fils du président Yoweri Museveni, exprime régulièrement son soutien à Paul Kagame sur le réseau social X. Cette proximité politique ne constitue toutefois pas, en elle-même, un élément permettant d’établir une responsabilité dans la mort de Robert Kabera.
Pour l’heure, l’enquête ougandaise devra apporter des réponses à une question centrale : qui a tué cet ancien militaire devenu critique du pouvoir rwandais, et pourquoi ? En attendant des éléments concluants, son assassinat vient s’ajouter à une série d’affaires qui continuent de nourrir les préoccupations relatives à la sécurité des opposants rwandais en exil.














