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Sénégal : Sonko et Diomaye Faye vers une cohabitation impossible ?

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Au Sénégal, les signes de crispation au sommet de l’État se multiplient. L’alliance qui a porté au pouvoir le président Bassirou Diomaye Faye et son Premier ministre Ousmane Sonko montre aujourd’hui des signes évidents de fragilité. Derrière l’image d’un tandem victorieux lors de la présidentielle de 2024, les divergences politiques et stratégiques apparaissent désormais au grand jour.

La première assemblée générale de la coalition « Diomaye Président », tenue le 7 mars à Dakar, illustre ce tournant. Créée pour soutenir la candidature de Bassirou Diomaye Faye à la présidentielle, cette structure semble désormais appelée à jouer un rôle politique plus large. Devant plusieurs centaines de partisans, le chef de l’État a appelé la coalition à se déployer « partout, dans tous les départements, dans toutes les communes et villages et quartiers du Sénégal ». L’objectif est de renforcer l’assise politique du président et vulgariser l’action du gouvernement.

Ce repositionnement politique est perçu par certains observateurs comme un signe d’émancipation du chef de l’État vis-à-vis du Pastef, le parti dirigé par Ousmane Sonko. Ces dernières semaines, près de trois cents élus locaux ont rejoint la coalition. Plusieurs textes fondateurs ont également été adoptés. Pour Me Abdoulaye Tine, membre de l’alliance, l’enjeu est de clarifier le rôle de la structure : « Une coalition de conquête n’est pas une coalition d’exercice. C’est pour ça qu’il fallait recentrer la coalition pour soutenir le mandat présidentiel. »

Les tensions entre les deux hommes ne datent pourtant pas d’hier. Elles se sont accentuées en novembre 2025 lorsque le président Faye a décidé de limoger Aïssatou Mbodj, proche de Sonko et coordinatrice de la coalition, pour la remplacer par sa conseillère Aminata Touré. Une décision qui avait provoqué une vive réaction du Premier ministre. Sonko, alors officiellement en congé, avait boycotté le Conseil des ministres et contesté publiquement la légitimité de cette décision.

Depuis lors, le climat politique semble s’être alourdi. Début mars, Ousmane Sonko a évoqué ouvertement la possibilité d’un retrait du Pastef du gouvernement si le président s’éloignait de la ligne politique du parti. Il a même évoqué l’hypothèse d’une « cohabitation douce » ou d’un retour dans l’opposition. « Le Pastef n’a aucun problème avec l’une ou l’autre de ces options », avait-il martelé.

Au-delà des rivalités politiques, le contexte économique contribue également à tendre les relations. Les discussions avec le Fonds monétaire international se prolongent alors que Dakar cherche à conclure un nouveau programme de prêts. Le FMI avait gelé en 2024 un financement de 1,8 milliard de dollars après la révélation de dettes publiques mal déclarées par l’administration précédente, estimées à plus de 11 milliards de dollars.

Enfin, une autre question plane sur l’avenir de ce duo : celle de la présidentielle de 2029. Empêché de se présenter en 2024 en raison d’une condamnation pour diffamation, Ousmane Sonko nourrit toujours des ambitions présidentielles. Malgré le rejet de son recours par la Cour suprême en juillet 2025, il continue d’affirmer que la loi d’amnistie adoptée en mars 2024 couvre sa condamnation. « Rien ne peut m’empêcher d’être candidat ! », avait-il lancé devant ses partisans au Grand Théâtre de Dakar.

Ainsi, derrière l’alliance politique qui avait suscité beaucoup d’espoir, les lignes semblent aujourd’hui bouger. Entre affirmation du leadership présidentiel et ambitions politiques du Premier ministre, l’équilibre du pouvoir apparaît de plus en plus fragile.

Si les deux hommes continuent officiellement de gouverner ensemble, les signaux politiques envoyés ces derniers mois laissent entrevoir une recomposition possible du paysage politique sénégalais. La question n’est plus seulement celle des tensions au sommet de l’État, mais celle de savoir si le tandem Sonko–Diomaye Faye pourra durablement préserver son unité face aux ambitions et aux défis qui se profilent à l’horizon.