Pour échapper aux menaces iraniennes, Trump embarque incognito dans un camion

Donald Trump n’a pas simplement changé d’avion. Le 8 juillet dernier, le président américain a été discrètement exfiltré d’Air Force One à bord d’un camion de restauration, avant d’être transféré vers un appareil militaire plus petit. Une manœuvre digne d’un scénario de thriller, organisée dans le plus grand secret sur fond de menaces iraniennes contre le locataire de la Maison Blanche.
La scène s’est déroulée après le sommet de l’Otan en Turquie. À l’aéroport d’Ankara, Donald Trump apparaît d’abord comme prévu. Il salue les photographes, monte à bord d’Air Force One et disparaît à l’intérieur de l’appareil. Rien, en apparence, ne laisse présager la suite de l’opération.

Pourtant, quelques minutes plus tard, le dispositif change radicalement. Selon une reconstitution publiée par le Washington Post à partir de témoignages anonymes de responsables américains et d’images vidéo, un camion de ravitaillement vient se positionner à bonne distance de l’avion présidentiel. Cinq minutes après l’embarquement de Trump, le véhicule repart. À son bord : le président des États-Unis.
L’objectif était de brouiller les pistes. Donald Trump a été transféré vers un C-32A de l’US Air Force, un Boeing 757 spécialement aménagé pour transporter de hauts responsables du gouvernement américain. Pendant ce temps, l’Air Force One restait sur le tarmac avec des journalistes et une partie du personnel de la Maison Blanche.
L’avion présidentiel servait donc de leurre. Un responsable américain cité par le Washington Post a confirmé que cette configuration devait empêcher d’identifier avec précision le véritable itinéraire du président et, surtout, de révéler à quel moment il avait changé d’appareil.
Un premier changement d’avion avant même l’opération secrète
Cette manœuvre spectaculaire intervenait après un premier bouleversement du programme présidentiel. Donald Trump devait initialement effectuer son retour à bord du nouvel Air Force One offert par le Qatar. Mais des inquiétudes liées à la sécurité de l’appareil auraient conduit les services américains à privilégier une solution plus ancienne et jugée plus sûre.
À Ankara, le président avait donc déjà abandonné le nouvel avion présidentiel pour rejoindre un ancien modèle. Son itinéraire prévoyait ensuite une escale au Royaume-Uni, où il devait retrouver l’appareil flambant neuf avant de poursuivre son voyage vers Washington.
L’opération ne s’est toutefois pas arrêtée au tarmac turc. Une fois arrivé au Royaume-Uni, Donald Trump aurait de nouveau été discrètement transféré du petit Boeing vers l’ancien Air Force One. Le changement s’est effectué hors de la vue du public, avant que le président ne rejoigne finalement les membres de son équipe et les journalistes à bord du nouvel appareil offert par Doha.
Cette succession de transferts révèle surtout l’extrême niveau de précaution déployé autour du président américain. Les menaces iraniennes visant régulièrement Donald Trump ont manifestement été considérées comme suffisamment sérieuses pour modifier en profondeur son dispositif de déplacement.
À bord d’Air Force One, les journalistes avaient d’ailleurs reçu une consigne inhabituelle : maintenir les stores des hublots fermés. Une précaution qui, selon le récit rapporté, est généralement associée aux déplacements présidentiels dans des environnements présentant un risque militaire.
Washington reconnaît l’existence de mesures de protection particulières
Donald Trump avait dans un premier temps minimisé l’existence d’un danger particulier. Il avait néanmoins évoqué, durant son vol retour, de supposées tentatives d’assassinat dont il aurait fait l’objet.
Face aux interrogations sur les éventuelles vulnérabilités du nouvel Air Force One offert par le Qatar, Steven Cheung, directeur de la communication de la Maison Blanche, avait déclaré que plusieurs adversaires des États-Unis avaient le président dans leur viseur et que les autorités utilisaient « tous les outils » disponibles pour répondre à ces menaces.
Le responsable n’avait toutefois pas évoqué publiquement le recours à un avion leurre ni détaillé les modalités précises de l’opération.
Cette stratégie n’a pourtant rien d’inédit dans la protection présidentielle américaine. Donald Mihalek, ancien agent du Secret Service, a expliqué au New York Times que lorsqu’un président se trouve dans une zone susceptible de présenter un risque de combat, l’agence peut recourir à différents dispositifs de protection, dont l’utilisation d’un leurre.
L’objectif est simple : rendre plus difficile l’identification de la position réelle du président et compliquer toute tentative de ciblage.
Ronald L. Rowe Jr., ancien directeur par intérim du Secret Service, a, lui aussi, défendu le caractère confidentiel de ces méthodes. Selon lui, le public peut légitimement connaître les activités du président, mais les techniques employées pour assurer sa protection doivent demeurer confidentielles.
Après le 11-Septembre, Washington avait déjà brouillé les pistes
Le recours à de telles précautions s’inscrit dans une longue tradition de protection des présidents américains. Après les attentats du 11 septembre 2001, les autorités américaines avaient notamment dissimulé pendant plusieurs heures la localisation exacte du président George W. Bush.
Une différence demeure toutefois notable : les autorités n’avaient pas nécessairement menti sur la présence du président, mais avaient surtout veillé à ne pas révéler précisément où il se trouvait.
Dans le cas de Donald Trump, la sophistication du dispositif dévoilé en juillet témoigne d’une approche encore plus complexe : multiplier les appareils, brouiller les mouvements présidentiels et utiliser un avion leurre afin de rendre la trajectoire réelle du président aussi difficile que possible à déterminer.
Derrière les images habituelles d’un président montant à bord d’Air Force One se cachait donc une opération de sécurité minutieusement orchestrée. Le changement d’appareil, le recours à un véhicule de ravitaillement et le maintien de journalistes à bord de l’avion présidentiel ont formé les différentes pièces d’un même dispositif : faire croire que Donald Trump se trouvait là où il n’était plus.
L’affaire met également en lumière les difficultés entourant le nouvel Air Force One offert par le Qatar. Alors que cet appareil devait symboliser le renouvellement de la flotte présidentielle américaine, son utilisation a finalement été entourée de précautions suffisamment importantes pour conduire les services de sécurité à privilégier d’autres solutions.
Pour Donald Trump, le voyage de retour depuis la Turquie aura donc été bien plus mouvementé qu’il n’y paraissait. Sous les apparences ordinaires d’un départ présidentiel se jouait une opération clandestine destinée à protéger le président américain face à des menaces jugées suffisamment crédibles pour justifier un véritable jeu de dupes aérien.














