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Pr Sika DOSSIM : « Le plus grand obstacle des jeunes filles à accéder aux filières scientifiques reste les préjugés »

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Pr Sika DOSSIM est de ces personnalités dont le parcours ne se laisse pas enfermer dans les seules catégories du mérite académique ou de la réussite professionnelle. Son itinéraire est celui d’une pionnière, d’une femme de science et d’une bâtisseuse de savoir dont la trajectoire s’inscrit désormais dans l’histoire universitaire du Togo. Première femme pharmacienne togolaise à accéder au grade de professeure des universités, pharmacienne-biologiste, professeure de bactériologie-virologie à l’Université de Kara et responsable d’un laboratoire de biologie médicale, elle a patiemment conquis sa place dans un domaine où l’exigence intellectuelle, la rigueur scientifique et la persévérance ne tolèrent aucune approximation. Mais au-delà du prestige d’un titre universitaire, Pr Sika DOSSIM incarne surtout une forme de dépassement : celui d’une femme qui, en gravissant les échelons de la science, a élargi l’horizon des possibles pour toute une génération de jeunes filles.

Son parcours force d’autant plus l’admiration qu’il ne procède ni d’un itinéraire balisé ni d’un chemin dépourvu d’obstacles. D’un rêve d’enfance nourri par l’ambition de devenir pharmacienne à une consécration universitaire historique, elle a construit, étape après étape, une carrière où la recherche, l’enseignement, la transmission et l’engagement au service de la santé occupent une place centrale. Sa réussite, loin d’être une fin en soi, semble avoir pris chez elle la forme d’une responsabilité : transmettre, former, encourager et surtout ouvrir des brèches dans les imaginaires qui continuent de tenir les jeunes filles éloignées des filières scientifiques.

Une vocation qui s’est révélée au cœur du laboratoire

La passion de Pr Sika DOSSIM pour la bactériologie et la virologie trouve son origine dans une découverte presque initiatique. Au cours de travaux pratiques, l’observation d’une bactérie au microscope suffit à éveiller en elle une fascination durable pour le monde invisible. « Le laboratoire est venu à moi tout seul », raconte-t-elle à LeadElles. Derrière cette formule se lit une vocation née spontanément, puis consolidée au fil des années jusqu’à devenir le fil conducteur de son parcours professionnel.

Cette rencontre avec l’univers microscopique a progressivement orienté son regard scientifique vers des disciplines déterminantes pour le diagnostic, la surveillance des infections et la prise en charge des patients. Les bactéries et les virus, d’abord objets de curiosité académique, sont devenus les sujets d’une carrière scientifique désormais solidement établie.

Une ascension construite dans la persévérance

La consécration universitaire de Pr Sika DOSSIM ne saurait cependant être dissociée des épreuves qui ont jalonné son parcours. Le financement de la recherche demeure une difficulté majeure dans de nombreux environnements scientifiques, et le Togo n’échappe pas à cette réalité. Pourtant, loin de se laisser enfermer par les contraintes, la scientifique a su transformer les opportunités de formation à l’extérieur du pays en véritables passerelles vers de nouvelles collaborations.

Pr Sika DOSSIM

Ses différents stages lui ont permis de nouer des coopérations scientifiques qui ont contribué à soutenir son évolution. Cette aptitude à tisser des partenariats, à capitaliser les expériences et à avancer malgré les limites de son environnement révèle une personnalité pour qui l’obstacle n’est jamais une raison de renoncer, mais une invitation à trouver une autre voie.

Une experte lucide face aux fragilités de la biologie médicale

Forte de son expérience de pharmacienne-biologiste et de responsable d’un laboratoire de biologie médicale, Pr Sika DOSSIM porte un regard sans complaisance sur les défis qui affectent aujourd’hui le secteur au Togo. Le déficit en ressources humaines qualifiées figure parmi les préoccupations les plus pressantes. Les pharmaciens et médecins biologistes demeurent encore trop peu nombreux pour répondre à l’ensemble des besoins du pays.

À cette pénurie de compétences s’ajoutent les ruptures récurrentes de réactifs chez certains fournisseurs locaux, avec des conséquences potentielles sur la continuité des activités de laboratoire. Pourtant, malgré ces contraintes, les professionnels continuent de se mobiliser pour préserver la qualité des prestations. Pour Pr Sika DOSSIM, la place du laboratoire dans la chaîne de soins est fondamentale : il constitue une aide essentielle au diagnostic et au suivi du patient.

La résistance aux antibiotiques, une menace qui progresse

Sur la résistance bactérienne aux antibiotiques, son constat est particulièrement préoccupant. Dans la pratique quotidienne du laboratoire, elle observe une évolution qu’elle qualifie de considérable. Face à cette menace silencieuse, Pr Sika DOSSIM préconise une sensibilisation constante de la population.

Elle insiste notamment sur les dangers d’une consommation anarchique des antibiotiques. Pris sans indication médicale, ces médicaments contribuent à exercer une pression de sélection favorisant l’émergence de bactéries résistantes. Pour inverser cette dynamique, elle défend une approche fondée à la fois sur l’éducation sanitaire, le recours au professionnel de santé et le renforcement des capacités diagnostiques.

Elle plaide ainsi pour une implantation plus proche des populations de laboratoires de bactériologie capables d’orienter le diagnostic et le traitement avec davantage de précision.

Automédication et médicaments de rue : le danger des mauvais réflexes

Dans le même esprit, Pr Sika DOSSIM appelle les populations à davantage de responsabilité face à leur santé. L’automédication, rappelle-t-elle, peut conduire à des traitements inadaptés et aggraver la situation du malade. Elle recommande de se rendre dans une structure de soins afin d’obtenir un diagnostic et une prescription appropriés.

Son avertissement est particulièrement ferme à l’égard des médicaments de rue. Ces produits, souligne-t-elle, sont illicites et peuvent constituer un danger pour la santé. Quant aux antibiotiques, ils ne devraient être utilisés que lorsqu’une infection bactérienne est établie et dans le respect strict d’une prescription médicale.

L’hygiène, ce rempart souvent sous-estimé

À côté de la médecine de laboratoire, Pr Sika DOSSIM défend aussi avec conviction une approche préventive de la santé. Pour elle, l’hygiène corporelle et environnementale demeure l’un des remparts les plus efficaces contre de nombreuses maladies.

Le lavage régulier des mains à l’eau et au savon doit notamment devenir un réflexe quotidien, appris dès l’enfance et transmis dans les familles. Derrière la simplicité apparente de ce geste se joue, selon elle, un véritable enjeu de santé publique, notamment dans la prévention de plusieurs affections liées au péril fécal.

Former, transmettre et renforcer la recherche

Depuis plus d’une dizaine d’années, Pr Sika DOSSIM participe à la formation des jeunes professionnels de santé au Togo. Son engagement s’étend à l’accompagnement académique et à l’encadrement de la recherche. Elle demeure toutefois lucide sur les limites qui entravent encore le développement d’une recherche universitaire plus ambitieuse, notamment la faiblesse des ressources disponibles.

Son plaidoyer porte donc sur l’amélioration des plateaux techniques dédiés à la recherche au sein des universités. Pour elle, relever la qualité de la formation passe nécessairement par la mise à disposition d’outils et d’environnements scientifiques à la hauteur des ambitions académiques du pays.

Une femme déterminée à faire tomber les préjugés

Son statut de pionnière donne également à Pr Sika DOSSIM une responsabilité particulière dans la promotion des carrières scientifiques auprès des jeunes filles. Elle identifie les préjugés comme l’un des principaux obstacles à leur orientation vers les sciences.

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Elle réfute notamment les représentations selon lesquelles certaines capacités intellectuelles seraient naturellement associées aux hommes et d’autres aux femmes. À ses yeux, cette distinction relève davantage des constructions sociales que d’une quelconque réalité biologique. Les aptitudes scientifiques ne sont pas une affaire de sexe, mais de travail, d’éducation, d’encouragement et de persévérance.

Son propre parcours apporte une démonstration éclatante à ce principe. En franchissant le seuil qui la conduit au professorat universitaire, Pr Sika DOSSIM a non seulement marqué une étape majeure de son propre itinéraire, mais elle a aussi contribué à déplacer la ligne des possibles pour de nombreuses jeunes Togolaises.

Une parole pour celles qui rêvent encore

Lorsqu’il lui faut adresser un message aux jeunes filles qui ambitionnent de devenir pharmaciennes, biologistes, médecins ou chercheures, Pr Sika DOSSIM ne choisit ni la prudence ni les formules convenues. Elle les exhorte à croire en leur potentiel et à accepter l’épreuve inhérente à toute ambition véritable.

Pr Sika DOSSIM

« Croyez en vous, croyez en vos rêves. Vous êtes capables de plus que vous ne pouvez l’imaginer. Osez, sortez de votre zone de confort car c’est dans l’inconfort que se trouve la réussite », leur lance-t-elle dans une interview accordée à LeadElles.

Cette phrase résume sans doute le mieux la trajectoire de cette pionnière. Pr Sika DOSSIM est de ces femmes dont la réussite personnelle acquiert, par la force de l’exemple, une portée collective. Scientifique, enseignante, chercheure et mentore, elle avance avec la conviction que gravir les sommets n’a de véritable sens que lorsque l’on contribue, ensuite, à en rendre l’accès possible aux autres. Son parcours est celui d’une pionnière qui ne se contente pas d’avoir ouvert une porte : elle invite désormais toute une génération à la franchir.

Avec LeadElles