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Manifestation au Togo : L’ex-ministre Gnakadè dans les rues

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L’appel du Mouvement du 6 juin (M66) à manifester ce samedi 30 août n’a pas suscité l’enthousiasme des précédentes mobilisations. Dans les rues de Lomé, l’atmosphère est restée calme, contrastant avec la ferveur populaire observée en juin. Cette faible mobilisation s’explique autant par un déploiement sécuritaire massif que par la prudence d’une population visiblement réservée.

Si les manifestations des 6, 26 et 27 juin avaient rassemblé des foules importantes, l’écho fut cette fois plus discret. Les grandes artères de la capitale sont demeurées peu animées, étroitement surveillées par un impressionnant dispositif militaire. Malgré ce climat dissuasif, quelques citoyens ont bravé l’interdit afin de dénoncer ce qu’ils considèrent comme une « mauvaise gouvernance ».

Togo : Margueritte Gnakadé descendra dans la rue le 30 août

Dans le cortège figuraient des personnalités connues, parmi lesquelles Essozimna Marguerite Gnakadè, ancienne ministre des Armées, l’artiste engagé Aamron, ainsi que des militants de la société civile conduits par le professeur David Dosseh. Toutefois, la plupart d’entre eux furent rapidement dispersés par les forces de sécurité. L’artiste et ses proches ont même été contraints de regagner leur domicile, une intervention qui a provoqué la colère de sa mère.

« Ils nous ont poussés comme des bœufs », a-t-elle dénoncé dans une vidéo relayée sur les réseaux sociaux. Âgée d’une soixantaine d’années, elle raconte avoir pris sa béquille pour participer à cette « marche sportive » aux côtés de son fils. « J’ai pris ma béquille ce matin pour faire la marche sportive en suivant mon fils, pour réclamer ce que le peuple réclame : sa libération et tout ce qui ne va pas dans le pays, les coupures d’Internet, les hausses du prix de l’électricité, le coût des cahiers et tout ce qui nous empêche de vivre », confie-t-elle.

Son témoignage met en lumière ce qu’elle considère comme une atteinte grave aux libertés publiques : « On nous a confisqué la parole. On nous empêche de nous exprimer. (…) Ils sont arrivés, nous ont poussés comme des bœufs et nous ont forcés à rentrer chez nous, endommageant même notre portail. »

Selon ses dires, le téléphone de l’artiste aurait été confisqué, puis restitué après la suppression forcée de certaines images filmées. « Ils ont interpellé mon fils et saisi son portable (…) Ils nous ont clairement signifié que nous n’avions pas le droit de sortir », relate-t-elle. D’autres figures de la société civile, comme David Dosseh ou Brigitte Adjamagbo-Johnson, auraient également été empêchées de poursuivre leur marche.

Togo : la Journée nationale du sport rallie une fois encore les foules

En contrepoint, le gouvernement avait lancé le même jour la 34e édition des « Journées nationales du sport », organisées de 7h à 10h sur tout le territoire. Cette initiative a contribué à détourner l’attention d’une partie de la population.

Selon les observateurs, si la mobilisation du 30 août fut timide, elle marque néanmoins une évolution. Pour la première fois, poursuivent-ils, des acteurs politiques, des artistes et des leaders civils ont rejoint le mouvement, traduisant une mutation d’une contestation longtemps qualifiée de « virtuelle » vers une présence effective dans les rues de Lomé.