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Travail domestique : les centrales syndicales exigent la ratification de la Convention 189

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À Lomé, ce 23 septembre 2025, les centrales syndicales du Togo ont élevé une voix commune en faveur d’une réforme jugée urgente : la reconnaissance pleine et entière des droits des travailleuses et travailleurs domestiques. Ces organisations, rassemblées en atelier, ont mené des réflexions sur la  précarité persistante de milliers d’hommes et de femmes employés dans ce secteur invisible mais essentiel à l’économie familiale. Leur exigence est claire : la ratification, sans plus attendre, de la Convention n°189 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT), adoptée en 2011.

Depuis plus d’une décennie, sept structures syndicales parmi les plus influentes – la CNTT, la CSTT, l’UGSL, l’UNSIT, la STT, mais aussi la CGCT et le GSA – mènent une action coordonnée pour replacer la dignité au cœur du travail domestique. Leur mobilisation ne s’essouffle pas, portée par la conviction qu’un métier indispensable à la vie sociale et économique ne peut plus être relégué aux marges de la législation.

Lancé en 2022, un projet de grande envergure a donné une nouvelle impulsion à ce combat. Ce programme a permis d’outiller plusieurs dizaines de travailleurs et travailleuses sur des enjeux cruciaux tels que la sécurité au travail, la négociation collective et la protection sociale. Sa seconde phase, actuellement en cours, met l’accent sur une campagne nationale de sensibilisation et sur un plaidoyer vigoureux en faveur de l’adhésion du Togo à la Convention n°189.

Ce texte international constitue une véritable charte de dignité. Il impose aux États signataires l’instauration de règles précises : obligation d’un contrat écrit, rémunération conforme au salaire minimum, repos hebdomadaire garanti, accès aux dispositifs de sécurité sociale, encadrement rigoureux des agences de placement et mise en place de mécanismes de règlement des litiges. Autant de dispositions qui, au Togo, restent encore largement lettre morte.

Les chiffres dévoilés par une étude en 2023 donnent la mesure des injustices. Près de 47% des employés domestiques travaillent sans contrat écrit, tandis que 77% échappent à toute déclaration auprès de la sécurité sociale. Plus alarmant encore, 85% des travailleuses touchent moins de 27.000 FCFA par mois, une rémunération largement inférieure au minimum garanti. Le secteur, composé à 80,29% de femmes, est en outre marqué par de graves violences : plus d’une sur deux affirme avoir subi des agressions physiques, psychologiques ou sexuelles, sans que ces faits ne soient portés devant la justice. Le silence des victimes, souvent dicté par la peur ou la honte, entretient un cycle d’impunité qui fragilise encore davantage cette profession.

Pour les syndicats, la situation ne souffre plus d’atermoiements. BABA Awoula Yati, porte-parole de la coalition, avertit : « Nous appelons tous les acteurs à se joindre à nous pour le bonheur des travailleurs domestiques. La ratification de la Convention 189 est indispensable pour protéger leurs droits et améliorer leurs conditions de vie. »

Les experts partagent cette analyse. M. Kpondzo Kwami, consultant en justice sociale, souligne l’importance de franchir un cap décisif : « Le Code du travail a intégré plusieurs droits issus de la Convention 189. Il est temps que le gouvernement aille plus loin en ratifiant officiellement ce texte afin de donner un cadre légal robuste et crédible au travail domestique. »

Pour les centrales syndicales, l’adhésion à cette convention internationale constituerait une avancée historique. Elle permettrait de renforcer la justice sociale, de consolider les réformes nationales déjà engagées et de projeter une image plus crédible du Togo sur la scène internationale. Plusieurs pays africains, tels que la Côte d’Ivoire, l’Angola et l’Afrique du Sud, ont déjà franchi ce pas, donnant l’exemple d’une gouvernance respectueuse des droits humains.

Mais au-delà de la seule dimension juridique, il s’agit aussi de redonner sa valeur à un secteur trop longtemps invisibilisé. Le travail domestique, souvent considéré comme informel et marginal, constitue pourtant un pilier essentiel du bien-être des familles et de l’économie des soins. Le reconnaître pleinement, c’est également réaffirmer la place des femmes dans l’édifice social.

Les syndicats appellent donc le gouvernement à engager sans délai le processus de ratification, en élaborant une feuille de route claire et en associant tous les acteurs sociaux. Pour eux, cette réforme ne représente pas seulement une obligation internationale, mais un impératif moral pour bâtir un Togo plus juste, plus inclusif et résolument tourné vers la protection des plus vulnérables.