
Le Burkina Faso réintroduit la peine capitale dans son arsenal judiciaire. Adopté à l’unanimité mardi soir par les 71 députés votants de l’Assemblée législative du peuple (ALP), le nouveau Code pénal prévoit la peine de mort pour plusieurs infractions, dont le terrorisme, l’espionnage, la trahison et le parricide. Cette réforme marque un tournant majeur dans la politique pénale du pays, qui avait aboli cette sanction en 2018.
Présenté comme un instrument de renforcement de la lutte contre le terrorisme, le texte étend également la peine capitale aux auteurs ou complices de l’importation de produits périmés ou interdits lorsque leur consommation entraîne la mort.

Le ministre de la Justice, Edasso Rodrigue Bayala, a défendu cette mesure en invoquant les stratégies de recrutement des groupes terroristes opérant sur le territoire burkinabè. Selon lui, certains recruteurs exploitent les dispositions pénales existantes pour convaincre de nouvelles recrues qu’elles ne risquent que la prison à vie, même en cas de participation à des actes terroristes.
« Nous avons constaté sur le terrain que ces terroristes recrutent en promettant aux candidats que, même s’ils venaient à être arrêtés en tant qu’auteurs ou complices d’actes de terrorisme, ils ne risquaient pas grand-chose de plus que la prison à vie », a-t-il expliqué.
Le gouvernement entend ainsi appliquer la peine capitale aux auteurs comme aux complices d’actes liés au terrorisme. Une orientation qui traduit le durcissement de la réponse pénale des autorités face à une menace sécuritaire persistante.
Une rupture avec l’abolition de 2018
L’adoption de ce nouveau Code pénal revient sur une évolution juridique majeure intervenue en 2018, année de l’abolition de la peine de mort au Burkina Faso. La dernière exécution d’une personne condamnée à mort dans le pays remonte à 1988.
Le 4 décembre 2025, le gouvernement avait déjà annoncé son intention de rétablir la peine capitale pour certains crimes de droit commun. L’adoption du texte par l’ALP concrétise cette orientation et ouvre une nouvelle page de la politique pénale burkinabè.
Des sanctions renforcées et des délits de presse rétablis
Au-delà de la peine de mort, la réforme introduit plusieurs modifications au Code pénal. Elle prévoit notamment le rétablissement des délits de presse, l’instauration de peines proportionnelles aux montants détournés et un durcissement des sanctions applicables aux infractions routières. De nouvelles incriminations sont également introduites dans différents domaines.
Ces dispositions pourraient susciter des préoccupations concernant les libertés publiques, notamment la liberté de la presse, ainsi que les garanties accordées aux personnes poursuivies devant la justice.
Le projet de rétablissement de la peine capitale avait déjà provoqué des réactions parmi les organisations de défense des droits humains. Amnesty International avait notamment exhorté les autorités burkinabè à renoncer à cette mesure.
Au moment de la publication des informations relatives à l’adoption du nouveau Code pénal, l’organisation n’avait pas encore fait connaître sa réaction. Le débat entre impératifs sécuritaires, sévérité des sanctions et protection des droits fondamentaux reste ainsi au cœur des enjeux soulevés par cette réforme.














