SEFECTO : les femmes commerçantes misent sur la transformation des produits locaux pour accroître leurs revenus

L’autonomie économique des femmes commerçantes passe-t-elle encore par la simple commercialisation des produits bruts ? Pour l’Association Solidarité pour l’Épanouissement des Femmes Commerçantes du Togo (SEFECTO), le modèle doit évoluer. Désormais, l’enjeu consiste à transformer davantage les ressources locales, à améliorer leur qualité et à conquérir de nouveaux débouchés afin d’accroître les revenus des femmes. C’est tout le sens de la 7ᵉ Assemblée Générale Ordinaire de l’association, tenue le 11 août 2026 autour du thème : « Améliorer les conditions de revenus et d’autonomie par la formation, la transformation et la commercialisation des produits locaux. »
Cette rencontre a placé la valorisation des productions nationales au centre des réflexions. Elle a surtout mis en évidence la nécessité de mieux articuler les différentes étapes de la chaîne de valeur : production, transformation, conditionnement et commercialisation. Une approche qui pourrait permettre aux femmes de tirer une plus grande valeur économique des ressources disponibles sur le territoire.

Les travaux se sont déroulés en présence de Mme Somialo Potcholi-Kadja, Directrice générale de l’Établissement Public Autonome pour l’Exploitation des Marchés (EPAM), et de M. Kossivi Agbodan, Préfet du Golfe, représentant le ministre de l’Administration territoriale, de la Gouvernance locale et des Affaires coutumières, le Colonel Hodabalo Awaté.
Sortir de la logique de vente des produits bruts
Au Togo, l’agriculture, la pêche et l’élevage constituent d’importants réservoirs d’activités économiques. Les femmes y jouent un rôle prépondérant, particulièrement dans la transformation et la mise en marché des produits. Pourtant, une partie du potentiel économique demeure encore insuffisamment exploitée lorsque les ressources sont écoulées à l’état brut.
Maïs, manioc, soja, riz, fruits, légumes, arachide et coton peuvent être transformés en une multitude de produits à plus forte valeur ajoutée. Le poisson peut être fumé, séché, salé ou conditionné selon des procédés permettant d’améliorer sa conservation et sa commercialisation. Dans l’élevage, le lait peut notamment être transformé en yaourt ou en fromage.
Pour Aflimba Johnson-Comaln Cataria, Directrice exécutive de SEFECTO, cette diversité ne doit pas être appréhendée de manière cloisonnée. « Ils constituent les différentes composantes d’une chaîne de valeur qui relie production, transformation et commercialisation. Aujourd’hui, l’enjeu est de passer d’une logique de simple vente de matières premières à une logique de création de valeur ajoutée », a-t-elle souligné.
La transformation apparaît ainsi comme un puissant instrument de valorisation économique. Elle contribue à réduire les pertes, à prolonger la durée de conservation, à diversifier l’offre et à accroître la valeur marchande des produits. Pour les femmes, elle représente aussi une possibilité de mieux maîtriser leur activité et de renforcer leur rentabilité.
La formation, un préalable incontournable
Cette mutation ne saurait cependant s’opérer sans compétences. La formation occupe donc une place centrale dans la stratégie défendue par SEFECTO.
Les femmes doivent pouvoir acquérir une maîtrise accrue des techniques de transformation, des normes d’hygiène, des méthodes de conservation, du conditionnement et de l’emballage. Mais l’accompagnement ne doit pas s’arrêter aux aspects techniques. La gestion financière et commerciale constitue également un maillon essentiel.
Calculer correctement les coûts de production, déterminer un prix de vente cohérent, gérer les bénéfices, analyser la demande, identifier les débouchés et élaborer une stratégie commerciale sont autant de compétences susceptibles de faire la différence entre une activité de subsistance et une entreprise véritablement rentable.

Une femme mieux formée dispose de davantage d’outils pour transformer une ressource locale en activité génératrice de revenus. La formation devient alors un investissement dans l’autonomie, mais également dans la stabilité économique des ménages et la vitalité des communautés.
« Consommons togolais » : valoriser le savoir-faire national
La dynamique de promotion des produits locaux constitue également un levier important. À travers le mouvement « Consommons togolais », les producteurs, transformateurs, commerçants et entrepreneurs disposent d’un environnement favorable à la mise en avant du savoir-faire national.
Mais la préférence accordée aux produits locaux ne peut reposer uniquement sur leur origine. Pour fidéliser les consommateurs et s’imposer durablement sur le marché, les produits doivent satisfaire à des exigences précises en matière de qualité, d’hygiène, de présentation, de conditionnement, de disponibilité et de compétitivité des prix.

La transformation locale prend, dans ce contexte, une importance particulière. Elle permet de rapprocher les produits des attentes du consommateur tout en donnant aux femmes la possibilité de capter une part plus substantielle de la valeur créée.
La ZLECAf, un marché à conquérir
L’ambition ne se limite toutefois pas au marché togolais. L’intégration économique africaine ouvre des perspectives considérables avec la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf).
Pour Yvette Akakpo, trésorière exécutive de SEFECTO, cette ouverture peut constituer une véritable opportunité pour les femmes commerçantes et entrepreneures togolaises. Mais l’accès à un marché continental exige davantage de préparation.
« Pour pouvoir accéder à de nouveaux marchés, il ne suffit donc pas de produire. Il faut être capable de transformer selon des exigences de qualité, conditionner correctement, maîtriser les coûts et développer des stratégies commerciales adaptées. La formation apparaît une nouvelle fois comme un préalable indispensable », a-t-elle indiqué.
La ZLECAf offre donc un horizon prometteur, mais elle impose parallèlement une montée en gamme. Les entreprises féminines devront être capables de proposer des produits réguliers, compétitifs et conformes aux attentes des consommateurs africains.
Une démarche qui rejoint les ODD
La vision portée par SEFECTO s’inscrit également dans plusieurs Objectifs de développement durable, notamment ceux consacrés à la réduction de la pauvreté, à l’autonomisation des femmes, au travail décent, à la croissance économique ainsi qu’à la consommation et à la production responsables.
L’autonomie économique des femmes représente, à cet égard, un levier de développement aux ramifications multiples. Une activité rentable peut permettre d’améliorer la contribution aux dépenses familiales, de soutenir la scolarisation des enfants, de réinvestir dans l’entreprise et de participer davantage à la dynamique économique locale.
L’enjeu dépasse donc la seule question du commerce. Il touche à la capacité des femmes à consolider leur indépendance financière, à prendre des décisions économiques et à devenir des actrices à part entière de la création de richesse.
SEFECTO veut amplifier son accompagnement
À travers cette 7ᵉ Assemblée Générale Ordinaire, SEFECTO réaffirme sa volonté de poursuivre l’accompagnement des femmes commerçantes. L’association entend notamment renforcer les formations, encourager le partage d’expériences et rechercher davantage de partenariats pour faciliter l’accès aux équipements, aux financements et aux marchés.
Les échanges ont également réuni plusieurs institutions publiques, ministères et partenaires qui collaborent avec l’association depuis sa création. Le ministère des Solidarités, du Genre, de la Famille et de la Protection de l’Enfance, le ministère de l’Agriculture, la Préfecture du Golfe, l’Office Togolais des Recettes, la Direction du Cadastre, l’Institut national d’hygiène, le Centre de Formalités des Entreprises, la Commission nationale des droits de l’Homme et la Microfinance PADES figurent notamment parmi les structures associées à cette dynamique.
Mme Somialo Potcholi-Kadja a, pour sa part, salué le travail accompli par le bureau exécutif de SEFECTO, mettant en avant son sérieux et son professionnalisme.
Transformer la richesse locale en opportunité
Au terme de cette rencontre, une orientation se dégage nettement : l’avenir de l’entrepreneuriat féminin au Togo passe aussi par la capacité à transformer les ressources locales en produits à forte valeur ajoutée.

La véritable bataille se joue désormais sur plusieurs fronts : la compétence, la qualité, l’innovation, le conditionnement, la maîtrise des coûts et l’accès aux marchés. De l’agriculture à la transformation, de la pêche à la commercialisation, l’objectif est de faire de chaque ressource disponible une source potentielle de revenus et d’autonomie.
Pour SEFECTO, la valorisation des produits locaux ne constitue donc pas seulement une stratégie commerciale. Elle peut devenir un puissant instrument d’émancipation économique des femmes et, plus largement, un levier de développement inclusif pour le Togo.














