
Le divorce entre Pape Bouna Thiaw et la Fédération sénégalaise de football (FSF) prend désormais une tournure ouvertement judiciaire. Alors que le football sénégalais s’apprête à tourner une nouvelle page à la tête des Lions de la Téranga, l’ancien sélectionneur a décidé de faire valoir ses droits sur le terrain juridique. Ses avocats ont adressé, jeudi 13 août 2026, une mise en demeure à la FSF, lui réclamant le paiement de 423 820 300 francs CFA, soit environ 646 100 euros.
La Fédération dispose désormais d’un délai de huit jours pour régulariser la situation. À défaut d’un règlement ou d’un accord amiable, l’ancien technicien se réserve la possibilité d’engager une procédure devant les juridictions compétentes.

Des salaires impayés depuis plusieurs mois
Au cœur de la réclamation figure une importante accumulation d’arriérés financiers. Selon le décompte établi par les conseils de Pape Thiaw, plusieurs engagements contractuels seraient restés inexécutés depuis mars 2026.
La principale créance concerne six mois de rémunération impayés, pour un montant total de 180 millions de francs CFA. À cette somme viennent s’ajouter 90 millions de francs CFA correspondant à une prime de signature qui n’aurait pas été versée, ainsi qu’une gratification spéciale évaluée à 30 millions.
Le dossier financier ne s’arrête toutefois pas aux seuls salaires et primes. Les avocats de l’ancien sélectionneur réclament également le remboursement de 10 716 300 francs CFA que leur client affirme avoir avancés sur ses fonds personnels pour assurer certaines dépenses liées au fonctionnement de la sélection nationale.
D’autres postes viennent compléter cette addition particulièrement lourde. Les indemnités de logement représentent 12 millions de francs CFA, tandis que les frais de carburant accusent un arriéré de 1 104 000 francs CFA.
À ces différentes sommes s’ajoutent enfin 100 millions de francs CFA réclamés au titre des primes de performance liées aux campagnes de la Coupe d’Afrique des nations (CAN) et des éliminatoires de la Coupe du monde.
Un contrat de trois ans au centre du différend
Derrière cette bataille financière se profile également une question institutionnelle qui pourrait compliquer davantage le règlement du contentieux. Le contrat conclu avec Pape Thiaw, d’une durée de trois ans, se heurte à une divergence entre la Fédération sénégalaise de football et le ministère des Sports.
Selon les éléments avancés dans le dossier, l’État sénégalais, traditionnellement impliqué dans la prise en charge financière des staffs des équipes nationales, n’aurait pas validé les dispositions financières prévues dans cet engagement.
Le ministère des Sports considérerait notamment que le contrat n’a pas obtenu l’approbation administrative nécessaire. Une position qui place la FSF dans une situation délicate : l’instance aurait pris des engagements contractuels dont la prise en charge par l’État n’est pas reconnue par la tutelle.
Cette divergence entre les deux niveaux de responsabilité pourrait ainsi expliquer l’enlisement du dossier et la persistance des impayés.
Pape Thiaw passe à l’offensive
Après plusieurs mois de tensions financières, l’ancien sélectionneur a donc choisi de hausser le ton. La mise en demeure adressée à la Fédération constitue une étape formelle avant une éventuelle saisine de la justice.
Pour l’heure, le comité exécutif de la FSF n’a pas publiquement réagi à cette sommation. Le silence de l’instance fédérale intervient dans un contexte particulièrement sensible, marqué par la réorganisation du staff technique des Lions de la Téranga.
Le calendrier ajoute une dimension supplémentaire à l’affaire. La procédure intervient en effet au moment où se poursuit le processus devant conduire à la désignation du nouveau sélectionneur de l’équipe nationale sénégalaise.
Huit jours pour éviter le procès
La balle se trouve désormais dans le camp de la Fédération. Pape Thiaw et ses conseils lui accordent huit jours pour trouver une issue au différend et procéder au règlement des sommes réclamées.
À défaut d’un accord dans ce délai, l’ancien sélectionneur pourrait engager les poursuites annoncées devant le tribunal. Selon les éléments du dossier, des mesures conservatoires, notamment une éventuelle saisie de comptes bancaires de l’association sportive, pourraient également être envisagées dans le cadre de la procédure.
L’affaire dépasse ainsi la seule question des arriérés de salaires. Elle met en lumière les zones de friction qui peuvent surgir entre une fédération sportive, ses engagements contractuels et les autorités publiques appelées à en assurer le financement. Pour la FSF, l’enjeu est désormais double : gérer la transition à la tête des Lions tout en désamorçant un contentieux financier qui porte sur plus de 423 millions de francs CFA.














