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Franc CFA : Kako Nubukpo relance le débat sur la souveraineté monétaire africaine

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La question du franc CFA demeure au cœur des discussions sur l’avenir économique de l’Afrique. Invité au colloque « La nouvelle géopolitique : la France, l’Europe et le monde », organisé par l’Institut La Boétie, l’économiste togolais Kako Nubukpo a relancé le débat sur la souveraineté monétaire du continent. Le 27 juin, l’ancien ministre togolais de la Prospective et ex-commissaire de l’UEMOA a livré une analyse critique de cette monnaie, qu’il considère comme un frein à l’autonomie économique des États africains.

Pour Kako Nubukpo, le franc CFA ne constitue pas seulement un instrument financier, mais un enjeu majeur de souveraineté. Il estime que le maintien de ce système monétaire interroge la capacité des pays africains à définir librement leurs politiques économiques et à mobiliser pleinement leurs ressources au service du développement.

À l’approche des échéances politiques françaises de 2027, l’économiste appelle à replacer cette question dans le débat public, estimant que l’avenir de la garantie monétaire accordée par la France mérite une réflexion approfondie.

Un système monétaire jugé favorable aux détenteurs de capitaux

Dans son intervention, Kako Nubukpo a porté une critique sévère sur les mécanismes actuels du franc CFA. Selon lui, cette monnaie profiterait davantage aux catégories disposant d’importantes capacités financières qu’aux populations qui produisent les richesses sur le continent.

Il pointe notamment la parité fixe avec l’euro et la libre circulation des capitaux, deux éléments qui, à ses yeux, facilitent les transferts d’avoirs vers l’étranger. Pour l’économiste, ce fonctionnement permet à certains acteurs économiques de sécuriser leurs capitaux en Europe, tandis qu’une partie des citoyens africains reste éloignée des bénéfices liés à la croissance et aux ressources nationales.

Il estime également que ce cadre monétaire favorise certaines grandes entreprises étrangères implantées en Afrique ainsi que des élites africaines capables d’investir dans l’immobilier en France ou de financer des études à l’extérieur du continent.

Les ressources africaines au cœur de la controverse

Kako Nubukpo rappelle que la stabilité du franc CFA repose notamment sur les réserves de change constituées grâce aux exportations de matières premières africaines. Le café, le cacao, le coton ou encore d’autres produits agricoles contribuent ainsi à alimenter les recettes extérieures des pays concernés.

Selon lui, ces richesses devraient davantage être orientées vers des investissements structurants capables de transformer durablement les économies africaines. Il cite notamment le développement des infrastructures rurales, l’amélioration des systèmes de santé, l’accès universel à l’eau potable et le renforcement des capacités productives locales.

À ses yeux, la monnaie ne doit pas être perçue uniquement comme un outil de stabilité financière, mais comme un levier stratégique permettant de soutenir l’investissement, la création d’emplois et l’industrialisation.

La garantie française remise en question

L’économiste togolais a également questionné le rôle de la France dans le fonctionnement du franc CFA. Il considère que la garantie monétaire française contribue à maintenir une relation de dépendance qui limite, selon lui, la marge de manœuvre économique de certains États africains.

Pour Kako Nubukpo, cette sécurité extérieure pourrait également réduire la responsabilité des dirigeants dans la conduite d’une véritable politique monétaire nationale. Il cite en comparaison des pays comme le Ghana ou le Nigeria, qui disposent de leur propre monnaie et pilotent directement leurs orientations monétaires.

Kako Nubukpo, économiste togolais, ancien ministre de la Prospective et de l’évaluation des politiques publiques

À l’approche de la présidentielle française de 2027, il invite les responsables politiques et les contribuables français à s’interroger sur la pertinence du maintien de ce dispositif, présenté comme un héritage historique dont l’avenir doit être débattu.

Vers une nouvelle souveraineté financière africaine

Au-delà du franc CFA, Kako Nubukpo défend une transformation plus large de l’architecture financière africaine. Il évoque notamment l’émergence de nouvelles institutions internationales, comme la banque des BRICS, susceptibles d’offrir aux pays africains des alternatives aux mécanismes traditionnels de financement.

L’économiste estime également que le mouvement mondial de diversification monétaire et de réduction de la dépendance au dollar ouvre de nouvelles perspectives. Selon lui, les États africains doivent saisir cette dynamique pour renforcer leur autonomie économique et mieux maîtriser leurs choix financiers.

Un combat pour l’émancipation économique du continent

Auteur de Sortir l’Afrique de la servitude monétaire, Kako Nubukpo considère le franc CFA comme « le dernier vestige de la présence coloniale française » en Afrique. Pour lui, la question monétaire dépasse largement le cadre technique : elle représente un enjeu politique, économique et historique.

L’économiste affirme que la revendication d’une souveraineté monétaire pleine et entière continuera d’être portée par les nouvelles générations africaines. Une évolution qu’il juge indispensable pour permettre au continent de disposer de tous les instruments nécessaires à son développement économique et à son affirmation sur la scène internationale.

Avec Actubilan