
Après plus d’une décennie de procédures judiciaires, la justice nigériane a finalement tranché. Le 26 février 2026, un tribunal fédéral a condamné Ogundeji Happiness Ayodele et Prince Ogundeji Abiodun à 14 ans de prison ferme pour leur implication dans un réseau de trafic de nourrissons dans l’État d’Ondo, au sud-ouest du Nigeria. Cette affaire, qui a profondément choqué l’opinion publique, illustre l’ampleur du phénomène des « usines à bébés » en Afrique de l’Ouest.
Le verdict a été prononcé par la juge F.A. Olubanjo du Tribunal fédéral d’Akure. Les deux accusés ont été reconnus coupables de plusieurs infractions liées à la traite des personnes. La peine est ferme : quatorze ans d’emprisonnement pour chacun, sans possibilité d’amende en remplacement. Le tribunal a également ordonné la confiscation de plusieurs biens appartenant au couple. Huit véhicules, deux bungalows et quatre millions de nairas saisis lors de l’enquête ont été transférés à l’État fédéral par l’intermédiaire de la NAPTIP. Trois victimes ayant témoigné au procès recevront chacune une compensation d’un million de nairas.
« Onze ans de travail. Mais la justice a été rendue », a déclaré Madame Comfort Agboko, commandante de la zone Lagos de la NAPTIP, saluant une « victoire historique » dans la lutte contre la traite des personnes au Nigeria.
L’affaire remonte à 2014. Cette année-là, une intervention conjointe de la police et de la National Agency for the Prohibition of Trafficking in Persons (NAPTIP) met fin aux activités du couple à Okitipupa. Officiellement, leur établissement était enregistré comme une maison d’accueil située au 10, rue Sarajo. En réalité, les enquêteurs découvrent un système bien organisé de séquestration de jeunes filles enceintes.
Ces adolescentes, souvent mineures, étaient retenues contre leur gré jusqu’à l’accouchement. Une fois les bébés nés, ils étaient vendus à des acheteurs. Lors de la perquisition, les agents ont retrouvé plusieurs cartes de suivi prénatal appartenant aux victimes, mais aussi des nourrissons et des jeunes filles sur place. L’opération a également permis la saisie d’importantes ressources financières et matérielles, dont des véhicules et des propriétés immobilières.
Selon les autorités, ce trafic aurait fonctionné pendant plusieurs années avant l’arrestation du couple. Le procès s’est ensuite prolongé sur plus de dix ans, en raison de reports d’audience, de changements de juges et de différentes procédures judiciaires intermédiaires.
Cette affaire met en lumière un phénomène inquiétant dans la région. Les « usines à bébés » sont des structures clandestines où des femmes enceintes sont recrutées sous de faux prétextes. Elles accouchent dans des conditions contrôlées, tandis que leurs enfants sont revendus à des familles ou à des réseaux criminels.
Au Nigeria, plusieurs réseaux similaires ont été démantelés ces dernières années dans les États d’Imo, d’Anambra ou encore de Lagos. Les nourrissons peuvent être vendus pour des montants allant de quelques dizaines à plusieurs centaines de milliers de nairas, selon le sexe et l’état de santé de l’enfant.
Le phénomène dépasse d’ailleurs les frontières nigérianes. Des cas ont été signalés dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et d’Afrique centrale, notamment au Ghana, en Côte d’Ivoire, au Cameroun et en République démocratique du Congo. Pour contrer ces réseaux transnationaux, la NAPTIP travaille en collaboration avec Interpol et différentes agences internationales.
La condamnation d’Ogundeji Happiness Ayodele et Prince Ogundeji Abiodun marque une étape importante dans la lutte contre la traite des êtres humains au Nigeria. Mais cette décision rappelle aussi les failles du système judiciaire. Onze ans auront été nécessaires pour obtenir ce verdict. Pour les organisations de défense des droits humains, cette affaire doit désormais servir d’électrochoc afin d’accélérer les réformes judiciaires et de mieux protéger les victimes de ces réseaux criminels.













