header image

Foire Adjafi : les communes veulent créer un écosystème plus favorable aux entrepreneurs

0
24

Faire émerger des entreprises solides ne dépend pas seulement de l’accès au financement. Encore faut-il disposer d’un environnement local capable de faciliter les démarches, d’offrir des infrastructures adaptées, de connecter les entrepreneurs aux partenaires et de favoriser l’accès aux marchés. C’est dans cette perspective que la quatrième Journée des communes s’est tenue mercredi 2 septembre 2026, en marge de la 14e édition de la Foire Adjafi.

La rencontre a placé les collectivités locales au cœur des réflexions sur l’avenir de l’entrepreneuriat des jeunes. Des représentants des communes d’Agoè-Nyivé 1, Golfe 1, Golfe 3, Golfe 6, Zio 1 et Zio 2 ont échangé avec les acteurs du secteur privé autour des obstacles qui entravent encore la croissance des jeunes entreprises et des leviers susceptibles de renforcer leur accompagnement.

Les travaux se sont déroulés autour du thème : « Les communes, partenaires stratégiques des jeunes entrepreneurs pour une agro-transformation compétitive, créatrice d’emplois et orientée vers l’exportation ». Une orientation qui place l’agro-transformation parmi les secteurs pouvant contribuer à la création d’emplois, à la valorisation des productions locales et à l’ouverture de nouveaux débouchés commerciaux.

Au centre des discussions, plusieurs préoccupations ont été identifiées : l’accès aux infrastructures, la complexité de certaines démarches administratives, les difficultés de financement, le besoin de formation et la nécessité de développer des passerelles entre jeunes entreprises, banques, organisations professionnelles et autres acteurs économiques.

Des communes appelées à changer de posture

Pour Pierre Yaogan Kalevi Akbabu, conseiller municipal à Zio 1 et panéliste, les collectivités locales peuvent jouer un rôle beaucoup plus déterminant dans la consolidation du tissu entrepreneurial. Il estime que leur intervention ne doit pas se limiter à leurs fonctions administratives, mais doit également contribuer à créer les conditions permettant aux entreprises de se développer durablement.

« Les communes peuvent créer des cadres dédiés à la formation, faciliter les relations avec les institutions de financement et porter des plaidoyers en faveur d’un environnement fiscal plus adapté aux jeunes entreprises. La mise en place de structures d’accompagnement et d’incubateurs, notamment les SAE, permettrait de consolider l’écosystème entrepreneurial au niveau local », a-t-il expliqué.

Cette approche suppose également de rapprocher davantage les jeunes entrepreneurs des mécanismes d’accompagnement existants. En facilitant les connexions avec les institutions financières et en créant des espaces dédiés à l’entrepreneuriat, les collectivités pourraient contribuer à réduire certains obstacles auxquels les porteurs de projets sont confrontés au démarrage de leurs activités.

La responsabilité des entrepreneurs

L’environnement institutionnel ne constitue toutefois qu’une partie de l’équation. Pour Pierre Yaogan Kalevi Akbabu, les entrepreneurs eux-mêmes doivent renforcer leurs compétences et adopter une gestion plus rigoureuse de leurs activités.

« Beaucoup d’entrepreneurs rencontrent des difficultés parce qu’ils ne maîtrisent pas suffisamment la gestion de leur activité et ont parfois tendance à utiliser trop rapidement leurs premiers revenus pour des dépenses personnelles. Il faut d’abord consolider l’entreprise, développer ses capacités managériales et apprendre de ses erreurs », a-t-il souligné.

L’innovation apparaît également comme un impératif dans un contexte où certains secteurs peuvent rapidement devenir saturés. Reproduire un modèle déjà rentable sans chercher à se différencier expose, selon lui, les jeunes entreprises à une concurrence accrue et à une réduction progressive de leurs marges de croissance.

Agoè-Nyivé 1 mise sur un centre d’affaires

Du côté d’Agoè-Nyivé 1, la volonté de construire un environnement plus propice aux entrepreneurs commence à prendre forme. Limazi Peyebinesso, premier adjoint au maire, a évoqué plusieurs initiatives inscrites dans le plan de développement communal, dont la création d’un espace consacré à l’entrepreneuriat.

« À travers notre plan de développement communal, nous avons identifié plusieurs actions en faveur de l’entrepreneuriat des jeunes. Nous travaillons notamment à la mise en place d’un centre d’affaires comprenant un espace dédié à la culture entrepreneuriale, qui pourrait servir d’incubateur et permettre aux jeunes de renforcer leurs compétences, de rechercher des financements et de développer des partenariats », a-t-il déclaré.

Pour la commune, l’objectif n’est cependant pas de se substituer aux établissements financiers. Son rôle consiste plutôt à mettre à disposition des infrastructures et à créer les conditions favorables à la maturation des projets.

« Les communes ne sont pas des établissements financiers et n’ont donc pas vocation à financer directement les entreprises comme le feraient les banques. Leur rôle peut davantage consister à mettre en place des infrastructures, accompagner la formation, faciliter les partenariats et aider les jeunes à accéder à des débouchés pour leurs produits », a précisé Limazi Peyebinesso.

La création d’un incubateur pourrait ainsi constituer un instrument concret pour accompagner les jeunes dans la structuration de leurs projets, l’amélioration de leurs compétences et la recherche de partenaires.

Des propositions à transformer en actions

Au terme des échanges, KAYO Lètou, modérateur du panel, a retenu comme principal acquis le rapprochement entre collectivités et entrepreneurs. Pour lui, cette plateforme permet aux deux parties de mieux comprendre leurs attentes respectives et d’identifier des réponses adaptées aux réalités du terrain.

« Cette Journée des communes crée un espace où entrepreneurs et collectivités peuvent enfin échanger directement sur leurs attentes respectives. Le développement des entreprises contribue aussi au développement des communes, notamment à travers les ressources fiscales », a-t-il déclaré.

Le modérateur a toutefois attribué une note de 7 sur 10 à cette quatrième édition, estimant que les discussions devront désormais être prolongées par des mesures concrètes. Les préoccupations ont été exposées, des pistes de solutions ont été formulées, mais leur véritable portée dépendra de leur mise en œuvre et de leur capacité à être reproduites dans d’autres collectivités.

À la Foire Adjafi, cette Journée des communes aura ainsi permis de rappeler une évidence : l’essor de l’entrepreneuriat des jeunes passe aussi par les territoires. En renforçant les infrastructures, l’accompagnement, la formation, les partenariats et l’accès aux débouchés, les collectivités locales peuvent contribuer à faire émerger un écosystème plus favorable à la croissance des entreprises et au développement de l’agro-transformation.