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Côte d’Ivoire : crise interne au PPA-CI de Laurent Gbagbo, plusieurs cadres convoqués avant le congrès

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À l’approche de son prochain congrès, le Parti des peuples africains – Côte d’Ivoire (PPA-CI) entre dans une phase de turbulences internes d’une rare intensité. Dans une atmosphère politique chargée, la formation fondée par Laurent Gbagbo a déclenché une vaste procédure disciplinaire visant plusieurs cadres et militants accusés d’avoir défié les orientations officielles du parti. Convocations, auditions et plaintes internes se multiplient, révélant des fractures profondes à quelques semaines d’un rendez-vous politique crucial.

Au cœur de cette tempête figurent notamment Ahoua Don Mello, Stéphane Kipré et Blaise Lasm, considérés comme les dossiers les plus sensibles examinés par le Conseil de discipline. Ces cadres du parti font partie d’un groupe de militants sanctionnés en décembre dernier pour avoir bravé la consigne officielle de boycott des élections législatives de décembre 2025. Au total, près de 47 personnes sont convoquées dans cette procédure qui pourrait déboucher, selon les cas, sur des sanctions lourdes allant jusqu’à la radiation.

Le député indépendant Stéphane Kipré, ancien vice-président exécutif du parti, figure parmi les personnalités attendues devant le Conseil de discipline le 14 avril prochain. Il lui est reproché de s’être porté candidat aux législatives sans l’aval du parti. Ironie de la situation, il demeure le seul parmi les militants sanctionnés à avoir remporté un siège à l’Assemblée nationale, un succès électoral qui n’efface toutefois pas, aux yeux de la direction du parti, la transgression de la ligne politique fixée par le Comité central.

Le cas d’Ahoua Don Mello se révèle encore plus délicat. Son différend avec la direction du parti remonte à l’élection présidentielle d’octobre 2025. Alors que le PPA-CI avait adopté la position ferme « Laurent Gbagbo ou rien », il avait choisi de déposer sa candidature, s’exposant ainsi à l’accusation d’« entreprise de défiance ». Malgré sa mise à l’écart, il a persisté dans sa démarche et a par la suite apporté un soutien ouvert aux militants qui ont défié la consigne de boycott lors des législatives.

Entendu durant plusieurs heures par les instances disciplinaires, Ahoua Don Mello reste désormais suspendu à la décision finale du parti. Ses proches redoutent une exclusion définitive. Selon plusieurs sources, une plainte introduite par Sébastien Dano Djédjé viserait également certains de ses soutiens politiques.

Le président exécutif du PPA-CI reproche à Don Mello d’avoir enfreint les résolutions adoptées par le Comité central en mars 2024 en se portant candidat à la présidentielle. Il estime notamment que l’ancien ministre a « nargué » les instances du parti et exposé la formation politique à des « spéculations » ainsi qu’à des « manipulations politiques ».

Ces auditions s’inscrivent dans une stratégie plus large visant à clarifier les différends internes avant la tenue du congrès du parti. « C’est le congrès, qui se tient bientôt, qui prend la décision en dernier ressort. Il faut donc régler tous ces problèmes avant qu’il se tienne », a déclaré Sébastien Dano Djédjé. Selon lui, il est essentiel d’entendre les militants mis en cause afin de leur permettre de présenter leurs explications avant toute décision définitive.

Ainsi, à la veille d’un congrès déterminant pour son avenir, le PPA-CI s’efforce de resserrer les rangs. Mais derrière cette volonté de discipline se dessine une réalité plus complexe : celle d’un parti confronté à des tensions internes qui pourraient peser lourdement sur son unité et sa stratégie politique dans les mois à venir.